"Ames de verre" - Anthelme Hauchecorne

Avec ce livre, j'ai fais la découverte d'un auteur qui m'était inconnu. Un jeune auteur publié sur une petite maison d'édition. Un auteur fantastique qui a du style, quoi que sombre, horrifique et parfois trop bavard. A découvrir donc.


++ La quatrième de couverture ++

Ce livre vous attendait. Il était écrit que vous feriez sa connaissance. Car peut-être êtes-vous, à votre insu, un(e) Éveillé(e). Auquel cas, vous êtes en grand danger. Les rues de cette ville ne sont pas sûres. Pour vous, moins que pour tout autre.
Car les Streums rôdent, à l’affût d’une âme à briser. Je ne vous mentirai pas : vos options ne sont pas légion. Votre meilleure chance de survie gît selon toute probabilité entre ces pages. Qui sont les Streums, demanderez ? Pourquoi convoitent-ils les fragments du Requiem du Dehors ? Quel avantage espèrent-ils retirer de cette partition funeste ?
Si vous ignorez les réponses à ces questions, vous vous trouvez alors face à un choix. Pour lequel il est de mon devoir de vous aiguiller...
Souhaitez-vous rejoindre la Vigie, risquer votre vie et sans doute plus encore, dans une lutte désespérée pour déjouer les intrigues du Sidh ? Ou bien demeurer parmi le troupeau des Dormeurs, à jamais ? Pareille aventure ne se présente qu’une fois. Sachez la saisir.
Enki, enquêteur et logicien de la Vigie

+++ Mon avis +++

Anthelme Hauchecorne est un auteur que je ne connaissais pas. C'est parce qu'il a pris contact avec moi et que son univers fantastique m'intriguait que je me suis lancé dans cette sombre découverte. Ce qui, par ailleurs, me permet de découvrir les éditions Midgard.

Anthelme Hauchecorne est un jeune auteur lorrain, avec quatre livres à son actif, dont ce "Ames de verre". Ce roman est également le tome 1 de la série dénommée "Le Sidh". Comme la couverture vous le laisse deviner, cet ouvrage surfe allègrement avec le fantastique. C'est d'ailleurs ce qui m'attirait dans ce roman, cet aspect sombre. Et pour ce qui est de la teinte noire, avec "Ames de verre", on est plutôt servi.

De ce lourd pavé de plus de 650 pages, on va suivre essentiellement deux personnages : Camille, jeune goth qui a rejoint la Vigie, et Vincent, prof éjecté de son bahut et confronté aux Streums. Maintenant, imaginer Lille, cité du Nord de la France. Celle-ci est soumise aux combats invisibles que se font la Vigie et les Streums. Ces derniers sont des monstres, Deadalos, échappés du Sidh. Les premiers des Eveillés qui ont la triste capacité de voir ces êtres et la lourde tâche de devoir lutter contre eux pour maintenir l'intégrité de notre monde. Camille fait partie de la Vigie mais n'est qu'une bleusaille, une jeune prétendante au titre de chasseuse. Elle doit faire ses preuves, ce qui n'est pas évident dans cet univers dur et très guerrier qu'est la Vigie. Mais à vouloir montrer ses capacités et malgré certaines circonstances, elle va plutôt causer des soucis à la Vigie qu'autre chose...  Vincent de son côté est un prof éjecté de son école. Il a pris possession d'une maison hantée. Dedans il soumet un être étrange à des sévices atroces, une jeune Deadalos qui se régénère malheureusement à chaque fois. Son but : rechercher un meurtrier. Sans le savoir, ils sont tous les deux sur la piste de ce même être étrange qui cherche à reconstituer le Requiem du Dehors. 

Le récit se fera donc en passant d'un personnage à l'autre, un récit en alternance comme dans un thriller. Schéma classique mais toujours efficace. Inséré dans cet alternance, on retrouve des extrait du Codex Metropolis ou des extraits du journal de Vincent. Ces derniers extraits sont un plus, apportant du contenu au personnage de Vincent. Par contre, pour ce qui est du Codex Metropolis, j'ai trouvé cela vite ennuyeux. Le langage utilisé dedans est très vite devenu redondant. Peut-être que j'aurais aimé trouvé dans ces partie un langage moins parlé, plus travaillé... Avis personnel bien sur. Et finalement j'ai trouvé que ce Codex Metropolis cassait un peu mon rythme de lecture entre les personnage, même si au début je trouvais que cela était une bonne idée pour contextualiser l'ensemble du roman et de l'univers d'urban fantasy dans lequel on est.

Un gros plus, c'est l'écriture d'Anthleme Hauchecorne. Il écrit bien, c'est indéniable. J'aime assez son pouvoir évocateur et son phrasé qui créé de très belles phrases et des passages portant une certaine musicalité. Mais avec cela arrive le défaut d'être parfois trop bavard, de vouloir trop en faire. Cela porte très bien par moment et à d'autres moins. Mais il reste que le style est soigné. Et pour ce qui est des descriptif, il faudra vous armer d'un estomac solide, car parfois, Anthelme Hauchecorne n'y va pas de main morte. On est dans du fantastique, mais celui-ci peut parfois sombrer dans l'horreur. Et c'est là que je me perds...

La mise en page est pas trop mal faites non plus. J'aurais peut-être préféré des cadres plus larges pour les passages du Codex ou du journal de Vincent, voir pas de cadre du tout. On notera par contre un travail intéressant d'illustration de Pascal Quidault qui ajoute une note encore plus sombre aux détails déjà lugubres de Anthelme Hauchecorne.

Bref, je sors de cette lecture un peu mitigé. J'ai par moment été transporté par le phrasé de l'auteur, à d'autre j'ai plus difficilement suivi. J'ai eu du mal avec les parties du Codex Metropolis comme mentionné plus haut. J'ai apprécié de trouver notre monde dans une lutte entre deux univers, le notre et le Sidh, entre la Vigie et les Streums. J'ai par contre du attendre pour trouver une psychologie plus travaillée des personnages principaux. Au début, on reste fort, voir trop dans l'action, et j'aurais sans doute préféré voir la psychologie des personnages se développer, sentir plus leurs fêlures, leurs tristesse, leurs rage, etc. Mais cela vient doucement plus loin, et nos héros gagne en profondeur finalement. J'ai apprécié le côté revanchard de l'auteur, la critique faites à la société qui se glisse dans certaines phrases. Cela irritera certains lecteurs qui trouveront sans doute cela caricatural ou non-nécessaire, mais cela ravive ma fibre  punk. Et j'aurai également apprécié ce contact avec la contre-culture du dessous. Tout autant que j'ai adoré le descriptif de concert du début du livre.

Bref, "Âmes de verre" reste un bon livre. Je n'ai pas été particulièrement touché. Oui sur certains points, non sur d'autres. Anthelme Hauchecorne tient une bonne plume, un bon univers, mais je dois avouer aussi que j'aime le fantastique en version courte, et 650 pages sont peut-être trop pour moi. Ou alors j'attendais quelque chose de plus psychologique ou que sais-je? Probablement que j'avais des attentes alors que j'aurais du partir sans. Probablement que je m'attendais à quelque chose qui tiendrait moins de l'horreur pure et dure. Néanmoins, il faut garder à l'esprit que ce roman est un tome 1, une introduction dans la dure noirceur de Lille. A découvrir donc car d'autres que moi ont beaucoup aimé. Question de feeling.

A découvrir : le site web d'Antehlme Hauchecorne.

"Exodes" - Jean-Marc Ligny

Voilà, je me suis enfin attaqué à un roman de Jean-Marc Ligny. Je l'avais déjà testé sur courte distance, mais sur la longue on peut dire qu'il maître également!


++ La quatrième de couverture ++

Le réchauffement climatique s’est emballé au point que la Terre devient une planète hostile à la vie. Partout la civilisation s’effondre, les hommes n’en ont plus pour longtemps, et ils le savent.
Va-t-on, comme Pradeesh Gorayan et sa famille, dans l’enclave sous dôme de Genève, poursuivre notre train-train comme si de rien n’était ?
Va-t-on, comme Mercedes Sanchez, en Espagne, se réfugier dans la religions et attendre des Anges venus du ciel qu’ils nous emportent au jardin d’Éden ?
Va-t-on, comme Fernando, le fils de Mercedes, rejoindre les Boutefeux et précipiter notre destruction dans une orgie de feu et de violence ?
Va-t-on, comme l’Italienne Paula Rossi, vendre corps et âme pour quelques médicaments ?
Va-t-on, comme Mélanie Lemoine, consacrer nos ultimes forces à sauver les derniers animaux ?
Va-t-on, comme le marin Olaf Eriksson et sa femme, fuir les îles Lofoten et chercher une terre un peu plus hospitalière, vierge de toute présence humaine ?
C’est le temps des exodes, et, tels des termines sur une bûche enflammée, les derniers hommes courent en tous sens pour échapper à l’enfer...


+++ Mon avis +++

Publié depuis 1978, Jean-Marc Ligny est un grand nom de la science-fiction française. Si je ne connais son oeuvre que depuis peu, il a néanmoins marqué sa bibliographie de quelques bons romans notamment pointés dans le numéro spécial de Bifrost n°56 qui lui est dédié. C'est au travers de son texte "L'effet vénus", présent dans cette revue, que j'ai découvert la plume de cet auteur. Découverte poursuivie ensuite via "Le voyageur solitaire" publié chez ActuSF. Cependant, de ces deux types de textes, ce sont ses récits engagés qui fonctionnent le mieux.

"Exodes" est un roman d'anticipation écologique. On comprendra donc, que Jean-Marc Ligny ne nous dépeins pas un monde tout en teintes de roses. Loin de là comme la quatrième de couverture vous l'a laissé remarquer : "Le réchauffement climatique s'est emballé au point que la Terre devient une planète hostile à la vie. Partout la civilisation s'effondre, les hommes n'en ont plus pour longtemps, et ils le savent."

La sécheresse s'est installé partout. Le monde n'est plus qu'un monde creux où chacun tente de survivre comme il le peut, comme il le veut, même au détriment des autres. Dans un monde de survie, la vie tient du chacun pour soi. Face à ce monde en perdition, face à ces conditions extrêmes, chacun y répondra à sa façon, et souvent de manière extrême.

Certain comme Mercedes Sanchez, vivant à Séville en Espagne, vont se défendre en sombrant dans la religion. S'y réfugier en attente du salut divin, fermer les yeux et ne pas voir la réalité, fuir celle-ci en espérant que les Anges viendront sauver les plus méritant, comme elle. 

Son fils, Fernando ne réagira pas de la même manière. Ne voulant pas tomber dans les mêmes travers que sa mère, il prendra la fuite vers le Nord avec l'espoir d'y trouver un climat plus clément. Il rejoindra ainsi les Boutefeux, malgré lui. Ces fous en perdition sont des drogués qui ont pour vision celle d'un monde débarrassé de la présence de l'homme et pour y arriver on nettoie tout par le feu, offrant au monde une orgie incandescente de violence.

En Italie, Paula Rossi tentera de survivre comme elle peut avec ses deux enfants. Au désespoir, sa mère est prête à tout pour trouver un médecin pour sauver son plus jeune fils de la maladie. Quitte à vendre son corps pour la protection de ses enfants.Quitte à traverser une ville remplie de Mangemorts, des êtres humains qui tiennent plus de zombies que d'êtres vivants. Quitte à faire face aux cartels du banditisme qui dirigent les rues de ces citées détruites.

Au nord, ce n'est guère mieux. Olaf Eriksson et sa femme sont pêcheurs de poissons contaminés par la pollution. Dans leurs contrées relativement épargnées, ils subissent les assauts des immigrants du sud, exacerbant ainsi le racisme des autochtones. Cependant, la vie devenant difficile avec leur propre communauté, sans parler des tempêtes régulières, Olaf et sa femme décide donc de partir avec leur bateau vers le sud.

De son côté, Mélanie Lemoine persiste sur son territoire. Son idéalisme : sauver le plus d'animaux possibles. Les soigner, les maintenir en vie et loin des autres hommes. Préserver ainsi le peu de nature qui reste malgré l'adversité. Mais son idéalisme sera-t-il suffisant pour la protéger du monde qui l'entoure?

A l'opposé d'eux tous, il y a Pradeesh Goroyan et sa famille. Si les autres vivent dans la pauvreté et la survie, la famille Goroyan vit sous un dôme à Genève. Protégé du rayonnement solaire, leur vie semble paisible, à l'abri de tout si ce n'est de l'ennui. Ce dernier poussant la jeunesse à s'autodétruire comme elle le peut pour passer le temps. De son côté, Pradeesh continue ses recherches sur la génétique.

Différents personnages, différents parcours, mais au final une seule couleur : le noir. Rien de bien optimiste ici, encore que on se prend à espérer. Mais face au dérèglement climatique, il est déjà trop tard, et ceux qui sont encore là ne sont qu'en survie. Et dans cet état là, les plus mauvais sentiments s'expriment. La rencontre entre les personnages aura lieu également dans une confrontation flamboyante dont je ne dirai pas plus. 

Le récit est très prenant. Il faut bien avouer que Jean-Marc Ligny sait tenir son lecteur en haleine. Cependant, "Exodes" n'est pas sans défauts. Les personnages sont très archétypés tout comme son monde post-apocalyptique. Chacun a un profil et répond selon notre attente. C'est peut-être un défaut, mais cela à le mérite de nous montrer que face à problème de cette ampleur, on peut répondre de façons très diverses. Et face à cela, nous, en tant que lecteur, on se demande comment on réagirait. Et pour tout dire, la réponse est difficile. Parce que même quand on a des principes, comment réagit-on face à l'adversité, la douleur et la mort ?! 

Quant au décor planté, celui d'une Europe désertifiée... Je ne suis pas certain d'y avoir accroché d'emblée. De ce que j'en sais, des schémas que j'ai pu lire, face au réchauffement climatique, ce n'est pas forcément une désertification qui arriverait à nos portes. Peut-être plutôt un climat plus nuageux, plus frais, plus pluvieux et sombre, accentuation de ce que l'on vit déjà. Mais, je peux me tromper totalement dans ce que je me souviens. Et puis finalement, ce ne sont que des prévisions, avec son imprécision. Sans oublier que l'intérêt de "Exodes" n'est pas là, mais dans cette panoplie de réactions face aux dangers du changement climatique. 

Bref, après "Aqua TM" (que je n'ai pas lu), Jean-Marc Ligny enfonce encore le clou de l'anticipation écologique. Signera-t-il un troisième roman du genre? Créant ainsi, tel un J.G. Ballard, une trilogie post-apocalyptique? "Exodes" est un donc un roman qui n'est pas sans défauts mais qui vaut largement le détour, tant l'approche est intéressante et l'écriture porteuse. Un roman que j'ai réellement apprécié. Mais si la vision de Ligny, si désabusée, est réellement déprimante. Mais rien n'empêche d'être pessimiste et de vouloir amener des changements positifs. Et en cela, "Exodes" est sans doute une sorte d'état d'alerte.

D'autres avis à lire : Endea, Tiger Lilly, Lune, Gromovar

"Chronique d'une mort annoncée" - Gabriel Garcia Marquez

Voilà un livre par lequel je voulais entrer dans l'univers littéraire de Gabriel Garcia Marquez. Plutôt conquis, ma prochaine lecture de l'auteur sera "Cent ans de solitude". 

++ Quatrième de couverture ++

Les frères Vicario ont annoncé leur intention meurtrière à tous ceux qu'ils ont rencontrés, la rumeur alertant finalement le village entier, à l'exception de Santiago Nasar. Et pourtant, à l'aube, ce matin-là, Santiago Nasar sera poignardé devant sa porte. Pourquoi le crime n`a-t-il pu être évité ? Les uns n'ont rien fait, croyant à une simple fanfaronnade d'ivrognes ; d'autres ont tenté d'agir, mais un enchevêtrement complexe de contretemps et d'imprévus - souvent joyeusement burlesques -, et aussi l'ingénuité ou la rancœur et les sentiments contradictoires d'une population vivant en vase clos dans son isolement tropical, ont permis et même facilité la volonté aveugle du destin. Chronique d'une mort annoncée est un roman hallucinant où l'humour et l'imagination du grand écrivain colombien, prix Nobel de littérature, se débrident plus que jamais pour créer une nouvelle et géniale fiction sur les thèmes éternels de l'honneur et de la fatalité. 

++ Mon avis ++

Il fallait bien que j'entre par une porte ou l'autre dans l'oeuvre de  Gabriel Garcia Marquez, ce romancier, nouvelliste, journaliste et activiste politique colombien (considéré comme subversif par les USA). Prix Nobel de littérature en  1982, c'est principalement pour "Cent ans de solitude" que je voulais lire cet auteur. Aujourd'hui c'est "Chronique d'une mort annoncée" que j'ai lu, un livre également adapté au cinéma en 1987.

Ce court roman était pour moi une belle introduction à l'oeuvre de Gabriel Garcia Marquez, une première approche qui prépare ma lecture du classique "Cent ans de solitute" (roman qui a influencé  Ian McDonald pour son "Desolation road"). Mais revenons à "Chronique d'une mort annoncée", ce roman qui retrace l'histoire de la mort de Santiago Nasar. Cette mort, pourtant annoncée haut et fort par les frères Vacario, ne sera hélas jamais prise au sérieux par l'ensemble de la communauté qui les entoure. Les deux frères veulent laver l'affront fait à leur sang. Angela Vacario, au jour de son mariage, n'est plus vierge à cause de Nasar, et Bayardo San Roman au soir de sa lune de miel prend la chose très mal. Une mort annoncée que même le policier, s'il a  des soupçons ne peut empêcher, malgré la confiscation des armes. On ne peut tout de même pas emprisonner quelqu'un sur de simples allégations.

Gabriel Garcia Marquez ose commencer son histoire en nous contant la fin. Cette histoire d'une vengeance, d'un crime d'honneur, dont on connaît déjà le meurtre et les assassins. Mais par une plume efficace au rythme soutenu, l'auteur nous emmène au travers son histoire d'une main de maître. Et c'est ainsi que l'on suivra toute l'histoire, cependant courte en nombre de pages, pour connaître le déroulement de tout ceci. Efficace de par le nombre de détails qui montrent comment Nasard aurait pu échapper à la mort. Efficace par la plume de l'auteur. Efficace par la structure du récit. Bref une belle introduction à l'oeuvre littéraire de Gabriel Garcia Marquez.

Bande de comics - Part 1

Après les articles sur les nouvelles, voici les articles sur les BD et comics.

"Batman year one" est le premier comics que je lis de ce héros. Ne sachant par quel bout attaquer ce personnage américain devenu légendaire, je me suis jeté sur celui-ci à la bibliothèque. Je le sentais bien. Ce "year one" raconte la genèse du personnage de Batman. Scénarisé par Frank Miller (Sin City, Daredevil, etc.), on y retrouve un ton très sombre. Évident quand on a déjà lu d'autres de ses productions telles que "Sin City". Je dois bien avouer que ce qui me dérange avec Batman, ou du moins cette version (vu que je ne connais pas le reste des aventures du héros), c'est cette  apologie de la violence pour mettre de l'ordre. On y ressent ce néo-conservatisme que défend Miller dans la vie, le point de vue sécuritaire avant tout. Et pour y arriver, tous les moyens sont bons, y compris la violence pure et dure. Le dessin de David Mazzucchelli ajoute une couche obscure à l'ensemble. La mise en scène de Mazzucchelli couplé au scénario de Miller est très efficace. Bien plus que je ne le pensais au départ. Et je dois bien avoué que je suis  resté scotché au livre durant toute ma lecture.


"Parker - Tome 1 : Le chasseur" est une adaptation sous format comics du personnage créé par Richard Stark. "Parker" est pour certains d'entre vous un personnage déjà connu au travers de la Série noire de chez Gallimard. Pour moi, c'est la découverte. Et vu le ton employé, vu la noirceur de l'histoire, cela me donne juste envie de lire un roman de Richard Stark. Ce qui tombe bien car j'ai un vieux bouquin de l'auteur qui traîne ici. Concernant la mise en forme graphique par Darwin Cooke (The New Frontier, Batman, Spider-man, Catwoman), je dois bien avouer que c'est superbe. Tout se fait dans un espèce de dégradé de gris avec un dessin qui représente bien cette période que je n'ai pas connu : les années 60. Des pages avec une rythmique excellente, un découpage en cases équilibrées mais qui varient régulièrement de page en page, bref une mise en monde réussie. Pour le récit de Richard Stark c'est ultra bien ficelé. Un récit découpé en quatre livres avec des retours en arrières qui permettent de découvrir le récit de Parker par étapes. Bon, bien sur ce n'est encore qu'un récit de vengeance entre sales types et à chaque fois, je me demande comment cela marche toujours aussi bien. Cela doit réveiller en nous certaines pulsions animales qu'il vaut peut-être mieux évacuer par l'imaginaire que dans la vie réelle? Toujours est-il que cette adaptation est franchement excellente, mais pour savoir si c'est réussi il ne me reste plus qu'à lire un livre de Richard Stark.

Dans "Parker - Tome 2 : L'organisation", notre de sale type de service, Parker, s'en prend à l'Organisation. De retour mais toujours aussi hargneux, il souhaite en faire baver à ce syndicat du crime. Le récit est construit différemment que pour le tome 1. On ne joue plus sur les flashback, mais plutôt sur le récit des arnaques. Chacune est détaillée de manière fort graphique et très agréable à découvrir. Bref, différentes méthodes pour plumer ou se faire plumer. Inévitablement, Parker sera là pour mettre un coup de pied hargneux dans la fourmilière qu'est l'Organisation. Mais va-t-elle s'en remettre? Je n'en dirai rien. Graphiquement c'est toujours aussi réussi. Toujours autant de rythme dans la construction graphique général. Un vrais plaisir.

"Masqué - Tome 2 : Le jour du fuseur". Après la lecture du tome 1, j'avais très envie de lire la suite. Le premier tome offre beaucoup d'espérance, beaucoup d'attentes. Par contre, je dois bien avouer que ce tome 2 est très léger. Il ne se passe pour ainsi dire par grand chose. Braffort se réveille et prend conscience du changement qui s'opère en lui. Par ailleurs, il a lâché sur la ville une étrange chose qui va transformer le Fuseur en un être étrange que Braffort va devoir combattre. Le récit tient à peu près à cela. On voit bien sur en toile de fond les entrelacs politiques, de ces dirigeants qui tentent de tirer les ficelles, s'ajoutant à cela les intérêts personnels de chacun. Un bon moment de pure aventure, mais malheureusement cela se limite un peu à cela selon moi. Un tome de transition donc qui offre le développement de Braffort en un super-héros malgré lui, un personnage actuellement instrumentalisé. A voir ce que donnera le tome 3.

Ritournelle de nouvelles - Acte 3

Cette fois-ci c'est au tour de deux ouvrages édités par ActuSF d'être chroniqué. Lu il y a quelques mois, un peu fainéant et par ailleurs doté d'une mémoire trop parcellaire, je ne m'étendrai donc pas en chronique complète pour chacun des deux livres. Cependant, je souhaitais les mettre un peu en avant car c'est deux ouvrages sont intéressants.

Commençons avec "L'une rêve, l'autre pas", une novella de Nancy Kress. Cette dernière n'est pas une débutante ni une nouvelle venue dans la sphère SFFF, elle a déjà publié des ouvrages que je n'ai pour ma part encore jamais lu comme "Le cycle de la Probabilité", "Les homes dénaturés" ou encore "Danse aérienne". C'est donc une découverte qui m'amènera fort probablement dans le futur à lire d'autres de ces livres. "L'une rêve, l'autre pas" est une réédition d'un texte précédemment paru dans l'anthologie "Futurs qui  craignent" chez Pocket en 1993.
Ce texte a reçu son volume de prix : Prix Nebula, Prix Asimov's des lecteurs, Grand Prix de l'imaginaire, Prix Science Fiction Chronicle. On peut donc s'attendre à un texte intéressant. Et ça l'est. 
Au travers de son récit, Nancy Kress nous amène à suivre deux jumelles. L'une d'entre elles a subi une modification génétique qui lui évite de dormir et lui permet de bénéficier de 8h d'éveil supplémentaire chaque jour. Ce bénéfice d'heures va permettre à cette fille d'augmenter son capital connaissances, prenant de l'avance sur sa soeur, prouvant ainsi sa génétique améliorée sur sa soeur naturellement inférieure. Cette être biotechnologiquement améliorée gardera donc l'avantage dans le  coeur des parents, d'autant que la deuxième fille n'était pas prévue et qu'elle ne profite pas des mêmes qualités que sa soeur. Néanmoins derrière ce verni parfait se cache un être pas si parfait que ça... 
Avec cette novella, on est amené à réfléchir  sur l'impact des biotechnologie bien sur, mais Nancy Kress va plus loin en contant le parcours intime de ces deux soeurs, si proches mais si différentes. Et on se questionne su cette manie que l'on a de comparer les enfants entre eux, de tirer certains vers le haut et d'autres vers le bas, cette sociologie de la réussite, d'être parfait pour tout et en tous temps, de ces blessures que l'on crée lors de l'éducation de nos enfants. Intéressante mise en questions donc.
A lire également, les avis du Traqueur Stellaire et de Cachou.


Continuons avec "Contrepoint", une anthologie dirigée par Laurent Gidon, auteur français par ailleurs. L'idée de départ est la suivante : " Peut-on écrire des histoires dans lesquelles il n'y aurait ni guerre, ni conflit, ni violence?".  Bref, un vrai défit pour une littérature qui s'est énormément construite sur ces fils narratifs. Neuf auteurs ont relevé le défit, et pour certains, cela a du être un réel défit. On retrouve ici des textes de Thimotée Rey, David Bry, Sylvie Lainé, Lionel Davoust, Laurent Queyssi, Charlotte Bousquet, Stéphane Bauverger, Xavier Bruce, et Thomas Day. Une anthologie intéressante par son approche différente et si après plusieurs mois j'ai du ma à me souvenir des histoires, je dois tout de même dire que j'ai apprécié l'exercice fourni par ses auteurs, même s'ils ne livrent surement pas ici leurs meilleurs textes.
Je retiens néanmoins le plaisir de la découverte de Laurent Queyssi au travers d'un texte  très court, de Lionel Davoust que je n'avais jamais lu mais qui a du style, de Charlotte Bousquet dont il es temps que je lise ses romans,  de Xavier Bruce pour un texte proche de Clifford D. Simak ici, de Thimtée Rey au travers d'un texte plein de néologismes et de David Bry pour un texte d'initiation au vol. J'aurai pris plaisir à redécouvrir Sylvie Lainée avec un texte digne d'un vieux pulp et que j'ai bien aimé, de Stéphane Beauverger avec son texte au final cynique et de Thomas Day, qui s'il n'est pas forcément original fut très amusant (auteur plutôt habitué aux textes violents qu'aux envolées pacifiques).
Bref, une anthologie sympathique, originale par son idée de départ, mais pas forcément inoubliable dans l'ensemble des textes. Néanmoins cela reste un excellent moyen de découvrir de nouveaux auteurs ou de les voir sous un autre angle : celui de la non-violence. 
Pour info, ce recueil était offert avec deux livres ActuSF achetés. Si vous n'arrivez plus à mettre la main dessus, les textes sont disponibles en numérique. Plus sur l'ouvrage.
A lire également, les avis Lorhkan, Endea, Lune, Lhisbei, Xapur, Tiger Lilly.

"Au nom du néant" - Alain Dartevelle

Alain Dartevelle est un auteur que l'on rattache généralement à la sphère SF. Pourtant, il est peu, voir plus, édité dans ce milieu-là. Pour ma part, je l'ai découvert il y a peu au travers de "Narconews" Ce qui m'a donné envie de le rencontrer et de lire cet ouvrage édité par Murmure des Soirs.


++ La quatrième de couverture ++

Nous voici sur l’Astre des Délices, où le Vicaire général Omar Wangata a pour mission de prôner la religion de la Grande Béance au peuple des Sylvains – des êtres hybrides, aux sabots de cervidés et à l’anatomie partiellement végétale…

Au fil des observations et anecdotes du prédicateur se succèdent des saynètes tragiques ou cruellement drôles, où ressortent les figures attachantes de Sylvains révoltés ou soumis. Telle Marjo, fille-fleur livrée aux convictions et fantasmes complexes d’Omar, pour une véritable descente aux enfers…

Catéchisme du vide, Au nom du néant consacre, sur fond de bonne conscience, les effets mortifères des vérités importées, autant qu’imposées.

+++ Mon avis +++

Petite maison d'édition belge, Murmures des Soirs adopte pour ligne le choix d'éditer uniquement des auteurs belges et de l'inédit.C'est au travers d'un tea-time organisé par la Bibliothèque des Littératures d'Aventures (BiLA) que j'ai pu en apprendre un peu plus sur la maison d'édition ainsi que ses auteurs. Cela m'a donné l'occasion de rencontrer Alain Dartevelle, auteur bien sympathique à la plume efficace.

Suite à ma lecture de "Narconews", j'avais envie de lire un autre livre de l'auteur. J'ai donc opté pour "Au  nom du néant" qu'il m'a bien gentiment dédicacé d'ailleurs. Longue nouvelle, novella ou court roman, cet ouvrage n'est pas juste un texte. C'est aussi un travail littéraire illustré par le dessinateur qu'est Marc Sevrin, par ailleurs professeur de bandes-dessinées à Saint-Luc, Bruxelles. 

"Au nom du néant" nous conte en un peu plus de 80 pages, notre histoire coloniale revisitée. Plus précisément, celle de l'évangélisation des terres barbares, que nous en bon européens imbus de nous-mêmes, avons colonisé, évangélisé, pillé et saccagé. Au travers d'un planet opera, Alain Dartevelle, nous amène à suivre un prédicateur, Omar. Envoyé en planète étrangère, ce brave homme est chargé par son clergé d'amener la bonne parole auprès de ces êtres-plantes. Mais ces convictions tiendront-elles face aux désirs qu'éveillent en lui la fille-fleur Marjo. Se laissant allé à ces fantasmes, avilissant ainsi cet être du terrain conquis, Omar ira de ses états d'âme dans ses écrits. Alain Dartevelle profite de l'occasion pour dresser un portrait misogyne du clergé, du monde des religions, mais également de l'homme tel qu'il est. Ce même être destructeur qui doit labourer terres et femmes, pour planter en son sein  la soit disant graine du développement et sortir ce monde de la barbarie.

Emporté par une belle plume et soutenu par une narration efficace, Alain Dartevelle distille avec efficacité un regard acerbe, drôle et tragique sur notre passé colonialiste. Le jeu de l'imaginaire, l'utilisation de la science-fiction même, offre un terrain de jeu littéraire inégalé pour ce genre d'idées. Alain Dartevelle nous montre une fois de plus que la SF peut être belle, bien écrite et porteuse de réflexions. De plus elle est portée par un dessin sombre, tout en dégradés de noir, qui illustrent très bien ce texte. Bref, une excellente novella qui a pour défauts son triste choix graphique (couverture) dans une ère actuelle où l'on sait qu'il est difficile de se faire remarquer sur une table de librairie, et son prix élevé, triste réalité des petits éditeurs. Mais tant qu'à choisir, autant y mettre le prix, la qualité y est, le travail éditorial existe bien derrière et en cela fait vivre ce nouvel  éditeur belge qu'est Murmures des Soirs. Je compte bien encore découvrir d'autres livres de l'éditeur.

A lire ici un extrait du roman.

"Le prophète et le vizir" - Yves et Ada Rémy

Cela faisait plu de 30 ans qu'Yves et Ada Rémy n'avait plus publié de livre. Et moi c'est seulement maintenant que je les découvre. Mais un roman très attendu par certains.


+++ Mon avis +++

Je n'avais donc jamais lu Yves et Ada Rémy. Deux auteurs français peu publiés mais qui semblent avoir marqué l'Hexagone. Aujourd'hui ce sont les éditions Dystopia qui éditent ces auteurs.

"Le prophète et le vizir" est une histoire que l'on croirait sortie des "contes des mille et une nuits". Le premier texte, intitulé "L'ensemenceur", prend pour base un émir qui souhaite s'entourer d'êtres doués du don de vision mais par ailleurs affublés d'infirmités, l'un allant avec l'autre. Malheureusement, il n'arrive pas à donner à ces êtres le pouvoir suffisant de longue vue, leur vision étant toujours à très court terme. Mais voilà qu'un jour il incorpore un pêcheur de perle, Kemal, affublé d'un sixième doigt. Incorporé à ce groupe aux infirmités diverses, ce personnage va gagner en vision. Celle-ci allant de plus en plus loin, voir trop loin, beaucoup trop loin. Ce qui n'aidera pas non plus notre émir qui n'en a que faire de savoir ce qui se passera dans plusieurs génération. Les visions de ce curieux prophète allant jusqu'à nos propres jours à nous, ceux de nos temps contemporains. Éjecté par l'émir, notre visionnaire Kemal se retrouvera ballotté de ci, de là, prophétisant au travers de sa route, mais hélas toujours trop loin,  beaucoup trop loin, ce qui lui vaudra à chaque fois la peine de reprendre la route. Jusqu'à croiser la route du vizir.

"Les huit enfants du vizir Fares Ibn Meïmoun" retrace la suite du premier texte. Celle du vizir qui essaye d'échapper à la fatalité de l'avenir qui lui a été conté par Kemal, le prophète au sixième doigt. Celle de la destinée qui prendra des voies détournées pour atteindre le chemin qui a été prophétisé et qui doit être tracé.

Ce roman constitué de deux nouvelles imbriquées est très bien écrit. Jouant avec une écriture plutôt travaillée, elle relate une aventure telle qu'on pourrait la lire dans un conte. Le deuxième texte se permettant même d'imbriquer dans le récit d'autres textes qui feraient presque office d’apartés au théâtre. Du côté de la plume, rien à redire, c'est bien monté même si certains y trouveraient un style daté ou trop travaillé pour eux. Au niveau du récit, c'est là que cela faute un peu selon moi. Évidemment, tout comme dans un conte, pour mettre les choses en place on a besoin de temps. Ici c'est pareil, mais ce qui me gène ce n'est pas tant cela que la formule répétitive de Kemal prophétisant un avenir trop lointain et se faisant jeter par chacun des ses protecteurs. Cela donne une redondance qui m'a relativement ennuyé. On y trouvera bien sur le plaisir intellectuel de déchiffrer l'avenir prophétisé par Kemal pour voir ce qu'il annonce, mais la répétition du schéma m'a vite lassé. Je me suis tout de même accroché vu la maîtrise du style littéraire et je dois bien avouer que l'imbrication des deux nouvelles de ce roman en fait un livre intéressant avec lequel on passera un bon moment, mais un livre qui ne m'aura pas touché autant que j'aurais pu l'espérer. Dommage pour moi.

Ritournelle de nouvelles - Acte 2

Certains d'entre vous le savent déjà, d'autres pas : je me suis mis à la lecture numérique. Héééé oui! J'ai sombré du côté obscure de la lecture. Pauvres libraires me direz-vous? A leur place je ne m'inquiéterais pas encore car je ne lis pas la même chose en numérique qu'en livre. Pour preuve, ce billet sur deux nouvelles disponibles en ebooks libres et gratuits, mais que je n'aurais peut-être pas lu en livre. Bref, cela m'amène à certaines découvertes.

Ivan Tourgueniev (également orthographié Turgenev, Tourguénieffe ou encore Tourguéneff) est un auteur russe du 19ème siècle. Ami de Zola et Flaubert, il fut surtout connu en son temps pour son roman "Père et fils" (ou "Père et enfants", à découvrir sur la Bibliothèque russe et slave).

Pour ma part, si je connaissais l'auteur de nom, je n'avais strictement jamais rien lu de lui. Mais c'est au travers d'auteurs russes classiques comme Tolstoï ou Dostoïevski que j'ai été amené à me lancer dans ces deux lectures. Comme quoi, mes goûts peuvent être variés n'est-ce pas? Cependant, vu que je souhaitais découvrir Tourgueniev dans le challenge SFFF venu de l'Est, je me suis lancé dans la lecture de deux textes fantastiques : "Un rêve" et "Fantôme". Ces deux textes sont disponibles gratuitement sur Ebooks libres et gratuits, un site qui est une vrai mine d'or. A savoir néanmoins que les nouvelles sont éditées par Feeddbooks.

"Fantôme" est un récit fantastique doué d'un romantisme fort. Le héros seul chez lui se met à entendre des voix, des chuchotis chez lui le soir. Le temps passe et une femme  prend forme. Cette visiteuse nocturne emmène notre protagoniste de part le monde, le fait voyager à travers le ciel pour voir ce qui existe ailleurs quitte à croiser la mort. Un récit simple mais efficace grâce à la plume de Tourgueniev, une histoire prenante mais que je ne résumerai pas plus au risque de trop vous en dire. Un texte de 63 pages qui a également eu comme  titre de traduction "Apparitions". A conseiller, j'ai vraiment apprécié!

"Un rêve" est également un récit fantastique, même si cela ne paraît pas aussi flagrant au départ. On y conte l'histoire d'un fils qui rêve de son père, un personnage qu'il viendra finalement à croiser alors que sa mère lui avait dit qu'il était mort... Ceci amènera des révélations sur le passé du père de notre narrateur et une suite plutôt tragique. Un récit de 42 pages, relativement court donc mais qui m'a semblé moins touchant que le premier texte. L'ambiance y est un peu différente également, mais au final cela reste relativement efficace tout de même.

"Histoire extraordinaire d'un Pompéien ressuscité" - Vassili Avenarius

Voici encore un livre gagné via Russkaya Fantastika. Une découverte d'un auteur qui m'était totalement inconnu, sympathique conte philosophique mais qui ne m'a pas autant plu que "Magnit!" de Vsevolod Soloviev chez le même éditeur.


++ La quatrième de couverture ++

Auteur totalement inconnu de nos jours en France, Vassili Avenarius (1839-1923) fut particulièrement célèbre à la fin du XIXe siècle et au début du XXe pour ses contes pour enfant. Isolé au sein de son oeuvre, l’Histoire extraordinaire d’un Pompéien ressuscité est un récit de science-fiction avant l’heure, qui voit le retour à la vie d’un habitant momifié de Pompéi, un retour qui a pour cadre une Italie moderne, avec ses savants misanthropes, ses ouvriers presque esclaves, ses journalistes filous et ses Anglais voleurs. Avénarius livre au travers de ce récit non pas une satire, mais une critique du monde moderne, de sa frénésie, de son absence de morale quand tout est tourné vers l’argent roi. Un récit injustement oublié qu’il nous fallait ressusciter...


+++ Mon avis +++

Si l'auteur fut célèbre en son temps, il semblerait qu'il ne reste que peu de choses de sa superbe d'antan. Heureusement Viktoriya et Patrice Lajoye de Russkaya Fantastika étaient là pour nous le ramener à notre bon souvenir. Ce texte, comme le laisse entendre son titre amène les prémices de la SF. On parle alors plutôt de merveilleux scientifique pour être plus précis.

Au travers de ce Pompéien ressuscité, Vassili Avenarius nous dresse un conte philosophique en forme de critique des temps modernes. A bien le lire aujourd'hui, il possède encore toute sa force. Il faut bien avouer que la misanthropie des scientifiques n'a que peu changée depuis la fin du 19ème (s'ajoute aujourd'hui celle des financiers), sans parler de notre relation au travail qui n'a que peu évoluer depuis des siècles et qui est presque celle de l'esclavage (vision bien anarchiste des choses n'est-ce pas, ou marxiste?). Et n'oublions pas cette vision du journalisme, qui aujourd'hui pire qu'hier, cherche le sensationnalisme avant tout! Triste analyse, regard en avance sur son temps ou triste réalité de l'homme qui n'évolue finalement jamais.

"- Ces esclaves? demande Scaramouche interdit.
- Mais oui : ne sont-ils pas tous esclaves?
- Pas le moins du monde : ils sont aussi libres que toi et moi. L'esclavage, Dieu merci n'est pas de notre époque éclairée, il y a longtemps qu'on l'a aboli.
- Et c'est de leur plein gré qu'ils vivent dans cette atmosphère empestée?
- Il le faut bien. On les paie plu cher ici qu'ailleurs et il faut que chacun mange.
- Ainsi c'est le besoin, la faim qui les amène ici? Et tu dis qu'ils ne sont pas esclaves? Regarde cet adolescent, on en met dans le cercueil qui ont moins mauvaise mine, arrivera-t-il à l'âge d'homme?
- C'est douteux. Mais qu'y faire, mon ami? Quand on coupe du bois il y a des copeaux. Ce sont les copeaux nécessaires au progrès de la  civilisation. 
- En quoi consiste donc la civilisation? Son but est-il de produire des papiers peints pour orner vos appartements? Et c'est pour cela que vous sacrifiez des existences d'hommes par centaines! Et tu penses qu'ainsi vous servez la science et que c'est là la véritable vie? C'est un sacrifice, non aux dieux, mais à votre luxe féroce. Dans les autres fabriques la situation des ouvriers n'est-elle pas meileure? 
- Parfois elle  est pire!"

Un siècle plus tard, les choses n'ont que peu changées. Sauf qu'aujourd'hui on n'est plus esclave du boulot juste pour manger mais essentiellement pour pouvoir nous payer des loisirs en tous genres (vacances, nouvelles télévisions, gros ordinateurs, etc.). Avons-nous gagner quelque chose depuis?

Bref, un livre sympathique par sa critique du monde "moderne" mais qui ne m'a pas touché plus que cela. Par contre, pour un jeune publique, je pense qu'il peut avoir vertu de conte éducatif par la réflexion qu'il amène.Un ouvrage qui lu en groupe peu amener de bonnes discussions.

"Magnit! suivi de Kiménis" - Vsevolod Soloviev

Voici un livre qui m'était bien inconnu avant de le gagner dans un concours sur le blog Russkaya Fantastika. Piqué par la curiosité, j'avais tenté ma chance et j'ai gagné. Me voilà donc découvrant un auteur qui m'était totalement inconnu mais avec qui j'ai passé un très bon moment. D'autant que la littérature russe m'attire encore bien pour je ne sais quelle raison...


++ La quatrième de couverture ++

Célèbre à la fin du XIXe siècle pour ses romans historiques, Vsevolod Soloviev (1849-1903) se piqua d’occultisme à partir de 1884 et fréquenta les cercles théosophiques de Helena Blavatsky, qu’il fut par la suite un des premiers à dénoncer. Le résultat de cette quête du mystique fut deux romans, Les Mages et sa suite Le Grand Rose-Croix, mais aussi les deux nouvelles présentes dans ce volume, Magnit ! et Kiménis, écrites directement en français et publiées initialement en 1886. Deux nouvelles fantastiques au romantisme fort, désespéré, qu’il eut été dommage de laisser dormir dans les oubliettes de l’histoire littéraire.

+++ Mon avis +++

Voici un petit ouvrage de deux nouvelles sur un peu plus de 70 pages. Le livre est lui même introduit par Viktoriya et Patrice Lajoye, auteurs du blog Russkaya Fantastika (site que je recommande). Comme l'indique la quatrième de couverture, Vsevolod Soloviev est un auteur populaire de la fin du 19ème siècle, grand admirateur de Dostoïevski, et qui a eu son succès à l'époque pour des romans historiques essentiellement. De quoi se dire que c'est largement dépassé. Sauf que cet ouvrage navigue dans les eaux troubles du fantastique et dans le genre, ce sont les anciens auteurs qui ont la meilleur plume selon moi. Bien que je n'ai que peu creusé le fantastique moderne. 

"Magnit!" joue la carte du romantisme fantastique mais on est bien loin (et heureusement d'ailleurs) des mièvreries de vampires d'aujourd'hui (vous savez ces trucs avec des vampires qui brillent au soleil. Pourtant, "Magnit!" m'aura rappelé "Dracula" de Bram Stoker de par le magnétisme animal qu'exerce certaine personne ou être. Mais là s'arrête la comparaison. Il ne faudra pas voir plus loin que ça car il n'est nullement question de vampire, mais de romantisme teinté de fantastique, ou bien de surnaturel teinté de magnétisme corporel? Mais c'est dans la construction du récit, dans le phrasé que l'on se retrouve vite happé par l'histoire et que l'on avale ce texte avec plaisir, absorbé, voir magnétisé par l'aventure. "Kiménis" est bien plus court que le premier récit. Il m'est donc, par la force des choses, moins resté en tête. Mais tout comme le premier, il fut avalé avec plaisir. Ici il est plutôt question d'esprit, de la matérialisation d'un être au détriment de l'énergie d'un autre.

Bref, deux textes fantastiques plutôt efficaces au romantisme fort. Un très bon moment passé avec un auteur malheureusement oublié semble-t-il. Un bon travail d'archéologie réalisé par Viktoriya et Patrice Lajoye pour cette publication.


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