"Frères Lointains" - Clifford D. Simak

Beau travail que nous fournit Le Bélial en nous permettant de redécouvrir un auteur majeur de la SF qu'est Clifford D. Simak. Et plus je lis des textes de cet auteur et plus j'aime ce qu'il fait, voir à le considérer comme un favoris...


++ La quatrième de couverture ++

« Nous venons en amis, projeta-t-il mentalement. Nous venons…
– Vous n’auriez pas dû venir, dit l’autre par la pensée.
– Nous ne vous ferons aucun mal, poursuivit Decker par le même biais. Nous venons en amis. Nous ne…
– Vous ne repartirez jamais.
– Soyons bons amis. Nous apportons des cadeaux. Nous vous aiderons. Nous…
– Vous n’auriez pas dû venir, réitéra l’humanoïde. Mais puisque vous êtes là, vous ne repartirez jamais. »
Ne le contredis pas, songea l’homme.
« Entendu, projeta-t-il. Nous allons rester. Rester et être de bons amis. Rester et vous instruire. (…)
– Vous ne repartirez jamais. »
Le bonhomme allumette était certain de ce qu’il disait ; il parlait sérieusement. Sans dramatiser, ni se vanter, ni bluffer non plus. (…)
Le chef de l’expédition dissimula un sourire.
« Vous allez mourir ici », lui communiqua l’indigène.



+++ Mon avis +++

Après avoir lu il y a peu "Voisins d'ailleurs" du même auteur (chronique ici), c'est avec plaisir que je me lançais dans cette lecture. Sur le même principe que ce premier titre, Le Bélial a construit une très chouette anthologie. L'occasion pour nous de redécouvrir des textes de Clifford D. Simak et d'en découvrir des inédits. Le gros avantage est de pouvoir bénéficier ici de traductions revues et corrigées, voir tout simplement de nouvelles traductions. Un réel plus qui ne fait qu'ajouter de l'unité au style d'ensemble de ces textes et qui bonifie l'œuvre d'un auteur malheureusement passé trop sous silence, excepté pour son "Demain les chiens".

Sont rassemblés dans cet anthologie dirigée par Pierre-Paul Durastanti, 8 nouvelles de Simak dont 4 textes inédits en français. Une fois de plus, on va retrouver un panel large de sa carrière car se trouve inclus dans ce recueil des textes de ses débuts et d'autres plus aboutis de la fin de sa carrière. Cela permet de voir une belle et nette évolution mais également les germes déjà présents quant aux réflexions de l'auteur : la rencontre avec l'autre, la communication avec celui-ci, le questionnement du colonialisme dans la SF et du bienfait de la technologie, etc.

Ce qui me plaît chez Simak se sont justement ces questions, ce côté un peu à part du reste des auteurs de la SF. Il y a déjà cet aspect de la ruralité dans ces textes car la plus part des aventures se passent sur fond de campagne, sur un rythme plutôt lent et généralement à contre-courant d'une SF qui vise l'aventure pour l'aventure. Il y a également ce fond de questionnement du colonialisme qui était fortement présent dans la SF des débuts. Serions-nous réellement plus intelligent, serions-nous vraiment les bienvenus, les plus forts, les plus civilisés, etc? Son questionnement de la technologie en fait également un décroissant avant l'heure, réfléchissant sur le fait que celle-ci n'est pas forcément bonne en soit, que tout dépend de l'utilisation que l'on en fait.

Bref, un auteur qui touche et aborde des sujets qui me plaisent énormément, alors inévitablement je suis sous le charme. Et si en plus sa structure narrative est belle, alors moi je suis comblé. Mais il faut bien avouer que celle-ci est surement exceptionnellement bien rendue par les nouvelles traductions de Pierre-Paul Durastanti.

Mais venons-en aux textes, car c'est surement ce qui vous intéresse le plus, non?

"Le frère" est le premier texte de cette anthologie. Edward est un petit vieux du fin fond des campagnes. Si lui est resté paysan, son frère a voyagé partout dans l'espace. Une fois de plus le space opera s'invite dans le monde rural. Avec Simak, l'espace, l'étranger, est presque toujours l'invité sur terre plutôt que l'inverse. Chouette texte plein de nostalgie! Bien écrit.

Et bien si pour Simak la plupart de ses textes se font sur fond de campagne terrienne, celui-ci en est une antithèse. "La planète des reflets" nous envoie en mission de colonisation. Mais ces Reflets sont des êtres étranges, autochtones qui suivent nos colons partout et observent leurs faits et gestes sans jamais intervenir. Que cherchent-ils? Que veulent-ils? Sous des derrières pacifistes, cachent-ils un fond mauvais? L'homme se sent toujours menacé par ce qu'il ne comprend pas. Ce texte m'a rappelé un certain sentiment offert par la lecture de "Le chant du drille" de Ayerdhal (chronique ici). "La planète des reflets" est doué d'une certaine ironie qui me plaît.

"Mondes sans fin" nous offre un texte un peu plus aventureux et quelque peu paranoïaque, bref un Simak qui aurait pu se perdre quelque part entre Asimov et Philip K. Dick, le style en plus! Norman Blaine bosse pour une grosse boîte d'hibernation. Appelé dans le bureau du directeur il retrouve ce dernier mort. Que faire pour ne pas se retrouver accusé du meurtre? Surtout quand notre homme mort a sous la main une lettre de promotion pour Norman. Inévitablement, Blaine se retrouvera mis dans l'embarras d'une manière ou d'une autre. Mais ici changement de décor, on sort de la campagne pour entrer en milieu urbain. Double changement de style pour Simak qui maîtrise néanmoins parfaitement le style.

Avec "Tête de pont" on repart pour la colonisation et cette fois-ci l'homme est clairement pas le bienvenu. Cependant, aucune guerre n'éclatera. Juste les indigènes qui annonceraont simplement aux hommes qu'ils ne repartiront jamais... L'homme se retrouvera face à ce qu'il n'avait pas prévu : une nature différente et plus puissante que ce qu'on le pense. Questionnement de la technologie? De ces fins? Une belle approche plus ou moins pessimiste mais qui invite nos colons à un questionnement finalement positif.

"L'ogre" est le plus vieux texte de Simak dans ce recueil. Il a clairement une imagerie et un ton pulp. Un brin déroutant par rapport à ce qui aura suivi dans sa création, on retrouve néanmoins ici les prémices de beaucoup de questions de l'auteur. Ici, on est sur une planète forestière, mais ce sont les végétaux les êtres intelligent. Ceux-ci semblent tenir les hommes par le bout de l'oreille au travers de chants bien particuliers. Qui se joue de qui?

"A l'écoute" nous offre une rencontre entre les humains et des extra-terrestre situés bien loin dans l'espace. C'est au travers de la télépathie que la discussion se fait. Les humains étant incapables de comprendre comment utiliser le voyage supraluminique, alors que nos extraterrestre ne savent pas ce qu'est l'économie et n'ont même jamais pensé à inventer la médecine. Une fois encore la rencontre de l'autre, la capacité d'écoute de son voisin étant le principal outil de compréhension nous menant à apprendre beaucoup de choses de celui-ci. Nouvelle presque philosophique donc.

"Nouveau départ" n'est pas sans me rappeler d'autres Simak. Un vieil homme, universitaire à la retraite, part à la pêche. Voilà qu'en chemin il se foule la cheville et se retrouve bien obligé de devoir se glisser dans cet étrange nouvelle bâtisse curieusement vide. De là notre homme se retrouvera en contact avec des êtres qu'il ne peut voir mais biens veillant envers lui... Ce texte me rappelle bien légèrement "Au carrefour des étoiles"... Typiquement Simak mais si bon.

"Dernier acte" est la nouvelle qui clos ce recueil. Texte assez court qui nous offre avec plein de nostalgie les derniers moments d'un homme qui sait très bien quand il va mourir. Simak nous offrant par ailleurs quelques réflexions sur les plaisirs et malheurs de savoir tout à l'avance, autant ce que l'on peu éviter, que ce que l'on ne peut hélas éviter : sa propre mort.

Et puis il ne faut pas oublier ce document final, "L"université galactique au coin du bois", qui ajoute à ce livre une réelle plus-value, sorte de postface qui tient surtout d'une étude très intéressante de l'œuvre de Clifford D. Simak. Exactement le genre de texte que j'aimerais trouver dans chacune des anthologie d'auteurs d'autrefois que je lirais. Bravo pour ce travail!

Bref, encore une fois un recueil excellent. Je félicite grandement les éditions Le Bélial pour se travail de remise en avant d'un auteur que j'aime beaucoup! Reste plus à espérer que les autres maisons d'éditions ressortiront de leurs placards d'éditeurs tous ces beaux romans écrits par Simak, car cela vaut vraiment le plaisir qu'il peut offrir.
Seul bémol de cet ouvrage, la couverture que j'aime pas trop... Mais si c'est le seul point noir, moi je vous dis de foncer acheter ce recueil-ci ainsi que son grand-frère "Voisin d'ailleurs" (chronique ici).


+++ Mais encore +++

Lecture commune partagée avec Guillaume le Traqueur Stellaire.

+++ Le livre +++
  • Broché: 352 pages
  • Editeur : Le Bélial (16 juin 2011)
  • Collection : Roman
  • Illustration : Philippe Gady
  • Traduction : Pierre-Paul Durastanti (nouvelle traduction ou révision de celle-ci)
"Frères Lointains" - Clifford D. Simak "Frères Lointains" - Clifford D. Simak Reviewed by Julien le Naufragé on samedi, mars 24, 2012 Rating: 5

3 commentaires:

  1. Toujours pas lu de Simak... Ma culture SF laisse à désirer !^^
    Jolie chronique en tout cas !

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  2. @ Guillaume44 : Je plussoie ;-)

    @ Lorhkan : Merci pour ton retour positif. Mais sinon, la porte d'entrée habituelle est "Demain les chiens". Très beau classique dans le genre. :-)

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