"La fille du Chaos" - Masahiko Shimada

 
Découverte d'un nouvel auteur japonais, pour moi, avec Masahiko Shimada. Malheureusement, j'ai assez peu accroché à ce thriller fantastique qui mélange brutalité, sexe et chamanisme. Pourtant, l'intégration du dernier dans le thriller pouvait rendre la donne intéressante. Peut-être plaira-t-il à d'autres que moi.


L'histoire de "La fille du chaos"


Naruhiko a hérité des pouvoirs visionnaires de sa grand-mère chamane. Pour apprendre à contrôler ses dons, l’adolescent retourne sur la terre de ses ancêtres afin d’y subir un éprouvant rite d’initiation. Dans ses rêves apparaît Mariko.
Lycéenne devenue amnésique, celle-ci est séquestrée par un homme qui abuse d’elle et la conditionne au meurtre. Une fois libérée, elle est vite happée par la violence des bas-fonds de Tôkyô. Elle rencontre Sanada, un professeur d’université qui va se servir de la jeune fille comme machine de guerre contre une société aliénée et corrompue qu’il abhorre.
Unissant trois destins, ce spiritual mystery (« polar spirituel ») convoque le chamanisme et les forces surnaturelles d’un Japon millénaire pour mieux dénoncer l’enfer d’un monde qui a perdu son âme.

Quatrième de couverture du roman publié par Le Livre de Poche (avril 2016)

Mon avis sur "La fille du chaos" de Masahiko Shimada


Masahiko Shimada offre ici un roman violent, bourré de sexe et néanmoins porté par le chamanisme. 

"La fille du chaos" démarre avec deux personnages. D'abord le jeune Naruhiko, un jeune gamin narcoleptique tourmenté par ses rêves. Grâce à l'aide de sa grand-mère, il va être initié et invité à devenir un chamane. Après sa mort, cette dernière l'enverra adolescent dans le nord du Japon, afin que Naruhiko devienne un vrai chamane. Au travers de son initiation, au travers du voyage onirique qu'il fera, il rencontrera la jeune Mariko, qu'il tentera ensuite d'aider par ses pouvoirs de chamane.

Cette jeune Mariko a été enlevée adolescente et a été séquestrée plusieurs années par Maôji qui serait l'incarnation d'un démon. Durant les premières pages du récit, en parallèle de l'apprentissage de Naruhiko, nous allons vivre la douleur de la jeune Mariko qui va se voir violée à de très nombreuses reprises, qui sera torturée mentalement jusqu'à lui effacer la mémoire, jusqu'à lui faire endosser un nouveau rôle. Un jour son persécuteur la pousse à le tuer et Mariko devient Arisa. Dès cet instant démarre une vie de survie dans les bas fonds de Tokyo. Elle sera reprise par un groupe de filles également en errance mais finira à nouveau sous la coupe d'hommes violents et violeurs qu'elle finira aussi par assassiner. 

Arisa, anciennement Mariko, croisera la route de Sanada. Celui-ci, prof d'université atteint d'un cancer la rejette lors de la première rencontre pour finalement l'accepter dans une deuxième. Au travers d'elle, il va projeter l'idée d'un attentat contre la civilisation moderne du Japon qui serait porteur de tous les maux actuels de son pays.

Après un début de roman dont je trouve la narration très factuelle, on arrive ensuite dans une escalade du sexe et de la violence. On lit des scènes de viols et de persécutions mentales à tour de pages. Néanmoins, l'auteur nous épargne le plus dur. Écrivant avec un certain recule, l'auteur ne nous plonge pas directement dans la tête de ses personnage et nous évite le trop plein d'émotions. Ce n'est pas plus mal d'ailleurs, du coup on perçoit ces scènes avec un regard d'observateur plutôt que par le sentiment de douleur du personnage. Est-ce voulu ? Ou alors est-on dans la retenue nippone plutôt que dans le sentimentalisme et l'émotionnel occidental ? Je ne sais pas. Cela dit, j'ai trouvé l'écriture du roman trop factuelle pour moi et il me manquait quelque chose pour accrocher au personnages. Et d'où vient cette cruauté dans le roman ? J'ai d'ailleurs déjà croisé cela chez d'autres auteurs japonais, dont Ryu Murakami. Est-ce que le Japon est plus cruel car il n'a pas cet héritage judéo-chrétien ? Je ne sais pas.

Le basculement vers la quête finale de Sanada m'a également paru étrange. On amène deux personnages qui finalement se rencontrent. L'un aide l'autre et finalement Sanada décide de faire sauter le grand mal moderne incarné par le grand capitalisme. Bon, là il manque un liant pour moi. Par ailleurs, on sent que l'auteur n'en veut pas particulièrement au capitalisme mais qu'il cherche surtout à défendre les valeurs du Japon ancien, d'une époque où on écoutait les esprits saints qu'étaient les chamanes. Et ce coup de "tout était mieux" avant, cela m'a un peu déçu car il n'y a aucune nuance. 

Bref, "La fille du chaos" ne m'a pas du tout touché. Le livre se lit néanmoins très rapidement, peut-être par son côté très factuel, mais il manque quelque chose pour me toucher. Il m'a rappelé une lecture du passé qui ne m'avait pas plu non plus : Ryu Murakami. Ce dernier offrait aussi un cocktail de brutalité et de violence que je n'avais pas aimé. Mais si vous aimé Ryu Murakami, peut-être aimerez-vous Masahiko Shimada ?


A propos de Masahiko Shimada


Masahiko Shimada est un auteur japonais né en 1961. Enseignant à l'Université Columbia (USA). Il est l'auteur d'une poignée de romans qui explorent la perte de repères de la société et de la culture du Japon.
"La fille du Chaos" - Masahiko Shimada "La fille du Chaos" - Masahiko Shimada Reviewed by Julien le Naufragé on mardi, avril 26, 2016 Rating: 5

2 commentaires:

  1. Merci pour ton avis.
    Il faut dire quand on n'est pas convaincu par une lecture

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait d'accord. D'autant plus que je reste persuadé que ce qui ne me plaît pas peut plaire à d'autre. Cela a déjà été le cas pour moi : lire une critique négative mais qui me donne envie de lire le roman.

      Supprimer

Concours

Fourni par Blogger.