"I.G.H." (La Trilogie de béton) - J.G. Ballard

Avec l'envie de lire prochainement du Dominique Douay est venue l'envie de lire du J.G. Ballard. Je n'ai pas encore lu le premier, mais j'avais bien envie de continuer ma lecture de "La trilogie du béton" de J.G. Ballard.

+++ La quatrième de couverture +++

Immeubles de Grande Hauteur… c’est le nom que les architectes et les urbanistes ont donné à leurs constructions les plus ambitieuses et les plus inquiétantes. Plus que des résidences, les tours sont des mondes verticaux encastrés entre terre et ciel — autant dire nulle part. C’est là que s’élabore l’homme de demain. I.G.H. raconte la rapide dégradation de la qualité de la vie dans un immeuble de mille appartements répartis sur quarante étages. La population initialement homogène de ces logements coûteux ne tarde pas à se scinder en clans. Les querelles entre voisins dégénèrent en guerres tribales. Les aliénés installés là explorent peu à peu tout l’éventail de possibilités inédites que leur offre l’existence dans ces cellules capitonnées d’un nouveau genre, les civilisés retournent à la préhistoire et le récit, commencé dans le pétillement du champagne, s’achèvera dans le sang.


++ Mon avis ++

I.G.H. … pour Immeuble de Grande Hauteur. Un roman écrit par J.G. Ballard dans les années 70, cette période où l'on commence à créer des tours bétonnées un peu partout dans le monde, avec les conséquences sociales que cela a parfois pu avoir. Prophétique ? Partiellement, mais névrotique et sadomasochiste, surement. Avec "I.G.H.", J.G. Ballard continue sa "Trilogie de béton". Si "Crash" nous emmenait sur les méandres glauques du béton des routes et des voitures éventrées, avec "I.G.H." on change d'axe pour passer de l'horizontal au vertical.

J.G. Ballard est un grand auteur anglais de la SF, de l'anticipation et de ce que vous voulez d'autre. Un monument diront d'autres, qui a offert des livres transgenres que l'on peut classer autant en SF qu'en littérature général où on retrouve l'auteur aujourd'hui. Ce roman est aujourd'hui disponible dans le livre "Trilogie de béton", réédité depuis peu en poche chez Folio et préfacée par Xavier Mauméjean.

"Plus tard, installé sur son balcon pour manger le chien, le Dr Robert Laing réfléchit aux événements insolites qui s'étaient déroulés à l'intérieur de la gigantesque tour d'habitation au cours des trois derniers mois. Maintenant que les choses avaient repris leur cours normal, il constatait avec surprise l'absence d'un début manifeste, d'un seuil précis au-delà duquel leurs existences avaient pénétré dans une dimension nettement plus inquiétante."

"I.G.H." est un livre malsain. Glauque. Dur. Dans cet immeuble de grande hauteur, les gens emménagent et se classent par ordre de classe sociale. Les privilégiés et les notables en haut, les autres en bas par ordre d'importance. Un immeuble de logement mais aussi une tour de béton où l'on trouve un centre commercial, une piscine et d'autres services. Bref, de quoi vivre refermé sur soi-même à en envier les autres, ses voisins. Sociologiquement stratifié, la tour atteint un jour sa masse critique et bascule psychologiquement dans la névrose collective. Piégés comme des rats, ceux-ci vont commencer à s'agresser, d'abord en s'attaquant aux plus faibles (logique animales), ensuite à ceux du haut, tentant dès lors de leur prendre leur place enviable. Dans cet environnement anti-naturel, les hommes basculent dans la démence, se lancent dans des luttent fratricides, dans des actes de violence écoeurante et dans des relations sexuels pulsionnels. "I.G.H." offre par moment des passages vraiment révulsant tant la prose de J.G. Ballard peut-être immersive. Cependant, je dois bien avouer que le style utilisé est bien moins efficace que dans "Crash", pourtant, Ballard continue à jouer avec cet aspect quasi sadomasochiste, mais en utilisant moins de relation au désir et au sexe dans son écriture. "I.G.H." est plus brute, plus brutal peut-être, plus écoeurant peut-être. C'est très certainement un roman que je ne souhaiterais pas voir adapté au cinéma. De un cela rendrait très mal, de deux l'image mentale que l'on se fait à la lecture est plus efficace que l'image brute qu'un écran nous renverrait.

"Un nouveau type social allait naître dans la tour, une personnalité nouvelle, plus détachée, peu accessible à l’émotion, imperméable aux pressions psychologiques de la vie parcellaire, n’éprouvant pas un grand besoin d’intimité: une machine d’une espèce perfectionnée qui tournerait fort bien dans cette atmosphère neutre. L’habitant satisfait de ne rien faire sinon de rester assis dans son appartement trop coûteux, regarder la télévision avec le son baissé et attendre que le voisin fasse un faux pas."

Bref, "I.G.H." est un cauchemar urbain, social et psychologique. Il fait de la tour, un être minéral qui broie et dévore les êtres qui l'habitent. Ballard offre à reluquer la sauvagerie humaine dans sa déchéance individualiste. Un roman résolument noir, pessimiste et bestial. Un roman qui finalement reste en tête et peut porter à réflexion quand certains faits de violence se font jour dans notre quotidien. Âmes sensibles s'abstenir.

"Les récents incidents de la tour n’avaient-ils représenté, de la part de Wilder et de son clan, qu’une ultime tentative de rébellion contre le déroulement implacable de cette logique ? Malheureusement, ils n’avaient guère de chances de réussir, car leurs adversaires étaient des gens satisfaits de leur vie dans la tour, des représentants d’une nouvelle race qui ne voyaient aucun inconvénient à vivre dans un paysage anonyme de béton et d’acier, qui ne cillaient pas devant l’invasion de leur vie privée par des officines gouvernementales et des organismes de classement de fiches et d’analyse de données – mieux : qui accueillaient peut-être favorablement ces manipulations invisibles, certains de pouvoir les utiliser à leurs propres fins. Ils étaient les premiers à maîtriser un nouveau mode d’existence du XXe siècle finissant. L’écoulement rapide des amitiés et connaissances, l’absence de contact réel avec autrui avaient tout pour les satisfaire ; l’autonomie de leurs existences était complète puisque n’ayant besoin de rien, ils n’étaient jamais déçus."
"I.G.H." (La Trilogie de béton) - J.G. Ballard "I.G.H." (La Trilogie de béton) - J.G. Ballard Reviewed by Julien le Naufragé on jeudi, décembre 11, 2014 Rating: 5

4 commentaires:

  1. Salut l'ami naufragé !

    Lorsque tu auras fini la "trilogie", enfin... un de ces quatre..., je te conseille vivement du même Ballard la lecture de "Super Cannes" qui décrit un autre type d'environnement mais tout aussi mortifère (je t'en laisse la surprise, mais les habitants de Sophia - Antipolis près de Nice l'expérimentent au quotidien...).

    "Le massacre de Pangbourne", courte nouvelle, déploie à la façon d'IGH une autre exaspération...

    Une phrase qui m'avait marqué lors de ma lecture d'IGH, et qui décrit aussi bien les grands ensembles que nos espaces ouaibes (où nous échangeons tant que faire se peut...) :
    « La vue impressionnante sur (le complexe) lui rappelait toujours l’ambivalence du sentiment qu’il éprouvait à l’égard de ce paysage de béton : une partie de sa séduction venait, il le comprenait trop bien, du fait que ce n’était pas un environnement construit pour l’Homme, mais pour son absence. »

    Post Scriptum :
    J'ai beaucoup de retard à rattraper quant à tes billets, mais je note que tes analyses gagnent en précision, en concision et en netteté. Bravo !

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  2. Cher Marcel, "la suite est déjà en attente. Enfin, avec une bonne dizaine de romans que je souhaiterais lire déjà maintenant. Mais, bon, heum, pas évident de lire tout ce que l'on souhaite. ;-)
    J'ai le livre d'or sur Ballard, j'y trouverai peut-être la nouvelle en question. Sinon, j'ai d'autres livres trouvés ici et là en okkaz. Ce sera l'occasion de continuer à découvrir son oeuvre au fur et à mesure des mois et des années qui viennent.

    Merci pour le PS. Cela fait plaisir. Je n'aime pas trop m'étendre longuement, pas manque de temps surement, mais aussi parce que sur le web, on ne lit pas "longuement". Il vaut mieux rester bref. Perso, si c'est trop long, je passe outre : manque de temps ou pas envie de m'éterniser face à l'écran. Mieux vaut lire le livre alors ;-) Même si de longues analyses ont leur avantage aussi.
    En tout cas, merci, le PS est encourageant.

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  3. Après recherches : "Le massacre de Pangbourne" (que l'on peut trouver peut-être encore à 1€50 dans la collection "Mille et une nuits") a été réédité aux éditions Tristram sous le titre : "Sauvagerie".
    Source :
    http://www.actusf.com/spip/article-6549.html

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  4. Merci pour l'info. Si je le croise, je le chope. ;-)

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