"Julian" - Robert Charles Wilson

Haaaaaaaaaaa Robert Charles Wilson. Grand fan je suis devenu, grand fan je resterai (malgré un pauvre "Bios"). En tout cas, si "Julian" n'est pas un masterpiece, il reste une pièce maitresse dans son œuvre en construction. Tout simplement génial! Une fois de plus.


+++ La quatrième de couverture +++

Il s'appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des Etats-Unis. Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu'il était innocent de ce crime). Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante Etats, tenue de main de maître par l'Eglise du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines. On le connaît désormais sous le nom de Julian l'agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant. Ceci est l'histoire de ce qu'il a cru bon et juste, l'histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques. Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à l'oeuvre de Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.


+++ Mon avis +++

"Julian" est à la base une nouvelle. L'une de celle que l'on retrouve dans le recueil "Mysterium" édité également par Denoël dans la très bonne collection Lunes d'Encre. Ceci, malgré mon intérêt pour l'auteur, je ne le découvre qu'en ouvrant ce livre. Ceci dit, si ce roman n'est qu'une nouvelle agrandie, j'en veux bien des comme ça plus souvent car c'est tout simplement magnifique!

Pour tout dire, je suis un fan de Robert Charles Wilson, mais ça vous le saviez déjà, et plus son œuvre avance et plus il gagne en capacité d'écriture, tout en gardant cette mélancolie qui lui est propre. Tout à son habitude, Wilson prend un personnage de second plan, Adam Hazard, pour parler du héros de l'histoire en marche, Julian Comstock. Cette manière d'écrire l'histoire vue par le regard d'un tiers nous offre dans le cas présent une beauté de style vraiment agréable. Certes ce n'est pas son meilleur livre mais néanmoins une petite perle de plaisir.

"Julian" a tout d'un roman initiatique en suivant Julian Comstock et Adam Hazard, passant de leur adolescence à l'état adulte bien malgré eux et forcé par les événements. Mais ce roman ne se limitera pas seulement à cette étiquette si courante dans les romans des littératures de l'imaginaire. A celle-ci donc viendront s'ajouter deux autres. Le "post-apocalyptique" parce que nous sommes en 2172 de notre ère, que notre monde a souffert des dérangements climatiques, des pénuries, des famines, de la dénatalité, et du manque de tout. La deuxième, "Western", parce que ce 22ème siècle a tout d'un retour en arrière, d'un arrière goût prononcé d'Amérique d'autrefois, celle des grandes étendues, celle de la survie permanente. Et pourtant, bien que tout cela puisse s'y coller, et sans oublier le fait que "Julian" reste également avant tout un roman d'aventure, ce livre pourrait très facilement prendre place dans les rayons de littérature dites "blanche". Le graphisme de la couverture tout autant que le style et le rythme adopté par Wilson en feront un livre qui plaira à énormément de gens.

Si j'ai déjà parlé du style adopté par l'auteur, il est à ajouter que le rythme a quelque chose de très juste. D'une certaine lenteur et brossant rapidement les scènes d'action, il rebutera le fan de SF habituel qui aime lire un pur roman d'aventure pur et dur, mais celui ou celle qui cherche un roman qui a du style il trouvera ici dans le rythme, la poésie d'un temps futur où le monde tournera inévitablement plus lentement.

A sa manière, Robert Charles Wilson nous dépeint un futur possible. Plutôt sombre car post-apocalyptique, il nous présente ce que pourrait devenir notre histoire en cours si nous ne prenons pas garde à notre environnement, à nos consommations, à notre manière de vivre. Bien que le futur soit noir, un espoir reste car l'homme a survécu. Sans être moralisateur ni même jamais aborder de front le côté écologiste, Wilson nous distille ici et là ses idées. Sans jamais nous attaquer il provoque la réflexion sur nos manières de consommer et peut-être de manière plus pérenne qu'un discourt écologiste grossièrement frontal.

Outre la côté environnementaliste qui transparaît dans le récit, une discussion sur les religions revient à nouveau au centre de son récit. A nouveau, celles-ci sont des matières refuges face à la peur, face aux dangers, face à la mort et à l'inconnu qui nous entoure. Julian est lui-même un apostat, il ne cesse de critiquer l'église du Dominion, cette entité dogmatique qui presse le monde par ses croyances et dictats. Tout en restant foncièrement matérialiste Julian s'intéressera inévitablement à la spiritualité des autres, voir s'en rapprochera. Et Wilson de questionner le dogmatisme des religions institutionnelles... Tout en laissant la place à la spiritualité de chacun? Matière à réflexion bien amenée.

Certes l'histoire de l'auteur n'est pas spécialement originale, c'est la manière de la traitée qui la rend intéressante. Une comparaison avec Mark Twain est faites, mais n'ayant jamais lu l'auteur américain, je ne peux confirmer ceci. Il reste que Wilson aurait glissé ici et là, de manière assez claire, quelques clins d'œil en hommage à l'auteur classique qu'est Mark Twain. La plume de Wilson est souvent rapprochée de Clifford D. Simak et de Theodore Sturgeon. Lisant actuellement du Simak, j'aurais tendance à accepter cette première comparaison. Pour la deuxième, j'attendrai de relire du Sturgeon prochainement...

Toujours est-il que ce roman a au début un côté western des grands espaces pour finalement tomber vers l'aventure pré-industrielle des grandes villes américaines. Étrange retour historique dans un futur qui pourrait être le nôtre. Rêve prémonitoire ou délire poétique sur fond post-apocalyptique ? Nous ne seront sans doute plus là pour en témoigner. Cependant "Julian" reste un très très bon moment de lecture, tant au niveau des idées partagées discrètement que du style magnifiquement rendu par une plume savoureuse et une traduction probablement très bonne également. Robert Charles Wilson est une des nouvelles références SF d'aujourd'hui. Un vrais créateur d'histoire, un homme qui a la critique sociale au bout de la plume, qui sait partager de manière très humaine et avec beaucoup de style pour le présent ouvrage.


+++ Mais encore +++
6ème lecture pour le challenge Fin du Monde :

Mon billet sur le Challenge Fin du Monde.
Mes autres chroniques pour se challenge.
Le Billet de Présentation et Récapitulatif est ICI



+++ Le livre +++
  • Broché: 594 pages
  • Editeur : Editions Denoël (25 août 2011)
  • Collection : Lunes d'encre
  • Traduction : Gilles Goullet
  • Illustration : Jefferson Hayman
"Julian" - Robert Charles Wilson "Julian" - Robert Charles Wilson Reviewed by Julien le Naufragé on vendredi, janvier 06, 2012 Rating: 5

2 commentaires:

  1. Ton billet me donne très envie de découvrir et cet auteur, et ce bouquin.

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  2. @ Céline : Je te recommande chaudement cet auteur. Celui-ci est de très très bonne facture. Une SF pas trop SF, tombant donc plus dans le roman d'aventure. Sinon, il y'a son chef-d'œuvre "Spin", ou le tout aussi bon "Les Chronolithes".

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