"Danbé" de Aya Cissoko et Marie Desplechin

Un livre très beau, merveilleux témoignage de vie dont j'ai été captivé du début à la fin.


++ La quatrième de couverture ++

« J’aimerais que celle ou celui qui lira ce petit livre mesure ce qu’il a de déchirant. Il est mon au revoir à ceux que je laisse sur le quai. (…) Il est mon au revoir à mon enfance de petite fille noire en collants verts, qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant. »

Quand Marie Desplechin rencontre Aya Cissoko, elle est touchée par la singularité de son histoire. Née de parents maliens, Aya a connu une petite enfance habitée de souvenirs délicieux, qui prend fin avec la disparition de son père et de sa petite sœur dans un incendie. Élevée par sa mère dans le respect du danbé, la dignité en malinké, Aya apprend à surmonter les épreuves et trouve dans la boxe un refuge.

+++ Mon avis +++

D'abord intrigué par la quatrième de couverture, j'ai ensuite eu un peu peur de tomber dans une vulgaire biographie de sportif de haut niveau. En fait "Danbé" est tout sauf ça et c'est tant mieux car "Danbé" est un merveilleux témoignage, touchant et troublant.

Aya Cissoko est d'abord une femme avant d'être une sportive. Elle est une femme avant d'être d'une nationalité X ou Y. Elle est une femme avec un vécu qui lui est propre, inscrite dans l'histoire d'une famille déracinée. Aya Cissoko est française née de parents malien et bien sur en France on ne cesse de vous dire "française d'origine malienne", un descriptif qui se traîne comme un boulet. Aya Cissoko grandit à Ménilmontant, lieu que je ne connais pas en bon belge ignare de géographie sociale française, mais qui a tout d'un quartier-réserve où l'on parque la lie de ce que les bons français bien blanc ne veulent pas voir. Bien sur elle grandit, elle vit, elle pleure, elle se bat, et la vie continue même lorsque son père meurt dans l'incendie criminel de l'immeuble dans lequel ils habitaient elle, sa famille et bien d'autres.

"Quand on est le personnage d'une tragédie, on ne s'épuise pas à chercher des coupables. On s'efforce tout juste d'aller jusqu'à demain." (p45)

Une phrase en forme d'écho douloureux à une réalité bien trop courante... Mais il faut bien vivre, et se durcir, faire face au deuil, continuer malgré la maladie de sa mère, malgré les préjugés, malgré tout. Et elle fait face, notamment grâce à la boxe, "sport d'homme" dans lequel elle doit s'imposer, se faire une place et où elle finit par exceller tant en savate qu'en boxe anglaise où elle devient championne du monde.

"Boxer me prouve, à longueur d'entraînement, que j'existe. Chaque coup reçu, chaque impact, la douleur même, me rappellent que je suis vivante. J'ai mal et je résiste." (p88)

Même si la boxe est présente tout au long du livre, "Danbé" n'est pas un livre sur le sport. Le "Danbé" est le code moral transmis à Aya Cissoko par Massiré, sa mère. "Danbé" signifie dignité et il est ce qui aide Aya et sa famille à survivre pour enfin vivre.
Marie Desplechin est également une inconnue pour moi, mais c'est elle qui offre sa main au souvenirs de Aya Cissoko. D'un style épuré, sobre et simple, qui fait merveilleusement écho à la vie de notre boxeuse, elle nous transmet merveilleusement bien la sensibilité et la vie d'Aya Cissoko. Si j'ai eu quelques doutes avant de lire ce livre, je me suis vite retrouvé à le dévorer en très peu de temps, captivé et fasciné par la vie d'Aya Cissoko, emporté par le style de Marie Desplechin. "Danbé" est vraiment un beau témoignage de vie, un portrait émouvant d'une femme qui a su survivre et arriver jusqu'à aujourd'hui grâce au danbé de sa mère.


+++ Mais encore +++

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Livraddict pour ce beau partenariat, car ce livre est une petite perle.


+++ Le livre +++
  • Broché: 192 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy (16 février 2011)
  • Collection : Biographies, Autobiographies
Free Blog Counter

"Danbé" de Aya Cissoko et Marie Desplechin "Danbé" de Aya Cissoko et Marie Desplechin Reviewed by Julien le Naufragé on vendredi, mars 18, 2011 Rating: 5

2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé le reportage que l'émission Prise Directe a fait sur cette femme.
    J'ai eu très envie de lire son livre. Je pense qu'il fera partie de mes prochains achats. De plus, s'associer à Marie Desplechin rend forcément la chose très alléchante.

    RépondreSupprimer
  2. @ Pauline : Si l'émission est disponible en ligne, j'essayerais bien d'aller écouter cela. Le livre est touchant en tout cas! Je te le conseille. Pour Marie Desplechin, je ne la connaissais pas non plus. Mais peut-être que je me plongerai dans d'autres de ses écrits.

    RépondreSupprimer

Concours

Fourni par Blogger.