"Paycheck" - Philip K. Dick

Une envie de lire des nouvelles me titillait dernièrement. J'ai donc parcouru ma bibliothèque à lire pour tomber sur ce récent achat : "Paycheck" de Philip K. Dick.


Quatrième de couverture de "Paycheck"


Ingénieur de réputation mondiale, Michael Jennings travaille sur des projets top-secrets commandités par des sociétés de haute technologie. À l'issue de chaque mission, sa mémoire à court terme est effacée pour l'empêcher de divulguer la moindre information confi­dentielle. Puis un chèque substantiel lui est remis. Mais cette fois, l'enveloppe ne contient pas d'argent, juste quelques objets hétéroclites et sans valeur ; et à en croire Rethrick, son dernier employeur, Jennings aurait lui-même renoncé par avance à ses honoraires habituels. Harcelé par un ennemi sans visage, Jennings n'a que quelques heures pour recomposer le puzzle de sa vie et découvrir ce qui se cache derrière les murs de Rethrick Corporation...


Mon avis sur "Paycheck" de Philip K. Dick


Plonger dans une nouvelle de Philip K. Dick, c'est plonger dans un monde truqué. Sans être un grand styliste, l'auteur arrive toujours à nous plonger dans des scénarios efficaces où se croisent la paranoïa, la conspiration, la manipulation, les mondes factices et la réalité propre à chacun du monde. Que reste-t-il encore à dire sur Philip K. Dick ? Tout et rien. Il est devenu une légende du genre science-fiction par ces nouvelles et ses romans dont quelques uns sont devenus des films, comme "Paycheck" justement. 

J'ai d'ailleurs profité de ma lecture de la nouvelle "Paycheck" pour ensuite regarder le film. L'adaptation est pas mal réussie je trouve. On retrouve les mêmes fils conducteurs que dans la nouvelle. Dans le film, il faut d'abord mettre l'observateur dans le cadre de l'histoire alors que Philip K. Dick a la capacité du nouvelliste de plonger son lecteur immédiatement dans l'aventure et dans la peur. Par ailleurs, la fin de la nouvelle est bien différente de celle du film qui lui est nettement hollywoodien.

Au niveau des nouvelles, on retrouvent des textes qui jouent avec différentes thématiques aujourd'hui devenues clichés du genre, mais clichés dans le sens classique grâce à des auteurs comme P.K. Dick justement : voyage dans le temps ("Paycheck", "Le monde de Jon", "Petit déjeuner au crépuscule", "Un p'tit quelque chose pour nous les temponautes"), robots ("Nanny", "Le monde de Jon"), perception de la réalité ("Une petite ville"), monde post-apocalyptique ("Autofab", "Au temps de poupée Pat") et terreur également ("Le père truqué").

Bref, avec ce recueil, on retrouve un beau panel de nouvelle : des bonnes comme des mauvaises (question de point de vue). Mais tenez à l'esprit, si vous n'avez jamais lu Dick, qu'on lit cet auteur pour les idées, pour la perte du réel, pour la réflexion sur la réalité et la liberté, et pas pour son style littéraire, assez plat finalement. Ce qui capte le lecture c'est le sentiment de peur face au réel changeant, la paranoïa, le questionnement, la peur... et ça fonctionne généralement assez bien.  


Les nouvelles de "Paycheck"


"Paycheck"
La nouvelle est le texte à l'origine du film, bien que différente dans certaines parties du récit.  L'inventeur d'un appareil capable de ramener des objets du futur s'est fait effacer la mémoire conformément à son contrat. En retour, il reçoit une lettre qu'il a lui-même échangé contre son salaire initial.  Qu'avait donc en tête son ancien lui-même. S'ensuit une course poursuite avec la police politique et son ancien employeur et les objets s'avèrent être utile à sa survie et dessinent meme un plan. Le final de la nouvelle est bien différente du film, moins hollywoodienne,  elle présente une firme prête à offrir (lire : vendre) pour le bien de l'humanité. Libéralisme salvateur ? Etrange qu'on on sait que Dick est souvent présenté comme quelqu'un de gauche.

"Nanny"
Chaque famille possède son propre robot Nanny. Et bien sur chacun a son modèle dont le nouveau est plus grand et plus puissant que le précédent, reléguant les anciens modèles à des ancêtres incapables et inutiles. Une anticipation (1955 pour la nouvelle) de l'obsolescence programmée et la guéguerre de voisinage du "c'est moi qui ai la plus grosse" ?

"Le monde de Jon"
Un texte qui fait penser à l'avènement des Terminators (la nouvelle date de 1954). Dans le texte, P.K. Dick les appellent les griffes. Celles-ci dominent la terre et les hommes vivent sur la lune. Un voyage dans le passé amène les hommes à retrouver l'homme à l'origine de tout cela et l'histoire est modifiée pour finalement prendre le chemin rêvée par le fils délirant de l'homme envoyé dans le passé. Le fils de cet homme avait-il finalement raison ? Voyait-il réellement la réalité parallèle possible ?

"Petit déjeuner au crépuscule" (texte présent également dans "Un petit déjeuner au crépuscule")
Une famille américaine se réveille un matin dans sa maison, mais celle-ci s'est malheureusement matérialisée dans le futur, en pleine guerre. Un bombardement important a réalisé une rupture de l'espace temps qui a déplacé la maison et la famille dans ce futur où les USA sont pilonnées par des missiles des Soviétiques. Face à la police politique, ils arrivent finalement à garder leur liberté avec l'espoir de pouvoir retourner dans le passé.

"Une petite ville" (texte présent également dans "Un petit déjeuner au crépuscule")
Un homme raté sans maîtrise sur sa vie continue chaque jour à garder le pouvoir sur son monde miniature : la réplique miniature de sa propre ville avec son train électrique. Mais un jour tout bascule, notre homme en a marre et décide de tout envoyer promener et de modifier sa propre réalité selon sa propre envie et ainsi envoyer promener celle de l'homme du commun. Un chouette texte que j'ai encore plus apprécié en deuxième lecture.

"Madge commençait enfin à comprendre"Tu veux dire qu'il s'est littéralement perdu dans ce monde de substitution ? Tu es sérieux quand tu prétends qu'il s'y est enfui ?- J'ai moi-même mis un moment à comprendre. La réalité est une construction de l'esprit, vois-tu. C'est lui qui lui fournit sa définition, son existence même. Nous évoluons dans une réalité "consensuelle", c'est-à-dire qui nous est commune à tous, comme si nous partagions le même rêve. Mais Verne lui a tourné le dos pour s'en créer une autre. Et il avait pour cela un talent extraordinaire, unique, qu'il a mis toute sa vie au service de son entreprise. C'est là qu'il se trouve à présent."
(in "Une petite ville", Philip K. Dick)

"Le père truqué"
Ce texte est une nouvelle qui se rapproche de l'horreur d'une certaine manière. Une espèce d'insecte ignoble arrive à créer des simulacres vivants, dont le père du jeune Charles. Celui-ci fuit et tentera d'éliminer son père truqué et sauver sa propre vie. Un texte toujours aussi efficace.

"Là où il y a de l'hygiène..."
Le pays politique se partage entre Puriste et Naturaliste. Tout est une question d'hygiène. Si le peuple et la famille de Walsh se déchirent sur le sujet, lui tient juste à garder sa propre liberté. Jusqu'au moment où les Puristes remportent les élections.

"Ni Puriste, ni Naturaliste. Pourquoi faudrait-il que je sois d'un côté ou de l'autre ? N'y-a-t-il donc pas de place pour les hommes dotés de leur propre opinion ?"
...
"Tout est clair pour moi maintenant. L'indécision n'est pas nécessairement un état d'esprit négatif. Ne pas gober les slogans, les partis organisés, les croyances et le sacrifice, ce peut-être en soi une croyance digne de sacrifice de soi. Je pensais être sans credo... mais je me rends compte à présent que j'ai au contraire de très fortes convictions."
(in "Là où il y a de l'hygiène...", Philip K. Dick)

"Autofab"
Après l'orage nucléaire, les hommes ont survécu. Il ne reste plus rien, ou presque... Des usines souterraines et robotisées permettent à l'homme de survivre en livrant chaque jour ce dont ils ont besoin. Cependant, on continuant comme cela, les machines continue indéfiniment à détruire les ressources disponibles. Est-il possible de les arrêter ? Au risque de retourner à l'âge de pierre ? C'est ce que certains sont prêts à tenter.

"Au temps de poupée Pat"
Dans une Californie future et dévastée, le monde est couvert de cendres radioactives. Les hommes survivants vivent en colonies séparées les unes des autres. Des extraterrestres ont découvert la Terre et pris de pitié aide les hommes en leur livrant chaque jour ce qui est nécessaire pour leur survie. Pour oublier la réalité et revivre un passé heureux mais révolu, les hommes se plongent dans un jeu de rôle aliénant avec des poupées. Les hommes jouent avec, telle des poupées barbies à qui chacun construit son univers : maison, objets, vêtements, etc. Jusqu'au jour où certains d'entre eux veulent aller comparer leur poupée avec la poupée Connie de la colonie voisine. 

"Le suppléant"
L'humanité est gouvernée par un ordinateur géant. Mais que se passe-t-il si celui-ci tombe en panne ? Maximilian Fischer, récemment nommé suppléant à la présidence, se retrouve à devoir remplacer la machine. Sera-t-il meilleur que celle-ci ? Le clown médiatique Jim Briskin ne le voit de la même manière et lance une nouvelle candidature pour devenir le Président en lieu et place de Maximilian Fischer.

"Un p'tit quelque chose pour nous les temponautes"
De retour de mission, la capsule des temponautes a explosé. Pourtant, Addison et ses camarades sont bien là, vivant et en possession de tous leurs moyens. Comment cela est-ce possible ? Seraient-ils coincés dans une boucle temporelle ? 
Je n'ai pas trop accroché à celle-ci.

"Les prépersonnes"
Dans cette société du futur, les familles ont la capacité "d'avorter" jusqu'à l'âge de 12 ans. Les enfants n'étant pas considéré comme doué d'un esprit avant cela. Si les parents n'en veulent plus, le camion abortif les emmène pour les faire disparaître. Certains hommes ne sont pas du même avis que les femmes et veulent garder leur enfant. 
Je n'ai pas terminé cette nouvelle qui pour moi a le relent dégueulasse de l'idéologie "pro life" sur l'avortement. Pour moi, le choix doit rester prioritairement à la mère (pro choice). Pour un auteur qui défend la liberté, j'ai trouvé ce texte très étrange.


"Paycheck" - Philip K. Dick "Paycheck" - Philip K. Dick Reviewed by Julien le Naufragé on jeudi, mars 24, 2016 Rating: 5

3 commentaires:

  1. Salut à toi l'ami naufragé !

    A noter que "Au temps de Poupée Pat" va devenir un élément du très bon roman "Le Dieu venu du Centaure".

    Merci pour ta chronique !

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  2. Pour ma part j'avais été assez déçue par l'adaptation mais ça m'arrive fréquemment quand je lis la nouvelle en question avant de voir le film.

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  3. @ Marcel Trucmuche : J'ai du lire "Le dieu venu du Centaure" il ya de très longues années. Je devrais le relire tiens.

    @ Vert : Il faut être indulgent avec le film ;-)

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