"L'évangile cannibale" - Fabien Clavel

Evangile Cannibale - Fabien ClavelEncore un livre lu pour préparer le Festival des Littératures d'Aventures de Chaudfontaine. Une lecture hors cadre de la fantasy avec une histoire de zombies et de vieux qui se rebellent dans une maison de repos. Un cocktail détonnant et très amusant.


L'histoire de "L'évangile cannibale"


Matt Cirois est un vieux gars de 90 ans passés coincé dans une chaise roulante et qui s'ennuie à mourir à la maison de repos les Mûriers. Et voilà qu'un jour Maglia, la doyenne de la maison de repos, prophétise le fléau qui va s'abattre sur le monde. C'est donc la révolte pour nos vieux gaillards. Alors ils se barricadent et s'enferment pour ne plus laisser le personnel les approcher. Quarante jours plus tard, ils décident de sortir du home, direction Paris avec leurs chaises roulantes et tout le barda. Sauf que Paris a bien changé depuis leur réclusion volontaire, la ville semble s'être vidée de toute âme vivante... et ce qui reste sur pied semble tout droit sorti d'un film de zombies. S'engage alors une roadtrip parisien en chaises roulantes avec des vieux luttant contre des zombies voraces.


Mon avis sur "L'évangile cannibale" 


Comme toujours le zombie est une figure symbolique qui permet de parler de notre monde d'aujourd'hui. Fabien Clavel s'empare donc cet archétype littéraire pour jouer avec et proposer sa propre vision du zombie et sa critique du monde au passage, sans oublier de nous divertir avec une histoire qui fait sourire et écœure tout autant.

Au départ, je ne suis pas un fan des récits de zombies. J'ai l'impression qu'on ressasse vite les mêmes travers ou bien que tout a été dit (ce qui n'est pas vrai, je le concède). Néanmoins, je souhaitais jeter un oeil sur ce roman de Fabien Clavel avant de le rencontrer. Du coup, j'ai débuté le roman mais en me disant que je ne le terminerais probablement pas. Là, je dois vous avouer tout de suite qu'une fois entamé, je n'ai pas pu le lâcher. Et rien qu'avec la première page, j'ai été rapidement happé par le récit.

Je suis un salopard.
Oui, un sale enfoiré, une grosse enflure.
Attention, je suis pas de ceux qui foutent les pieds sur la banquette dans les transports en commun, ceux qui font chier leur clébard sur ton trottoir, ceux qui balancent des papiers par terre pour les esclaves qui les ramasseront.
Non, je suis d'un autre niveau. Je suis le connard qui t'emmerde parce qu'il a raison, parce qu'il sait ce que t'es pas capable de comprendre.
Les autres, ce sont des indifférents, des passifs de la saloperie. Moi, j'ai remplacé l'indifférence par de la haine pure, concentrée, une misanthropie universelle que je vous crache à la gueule".
Ma détestation a pris désormais des allures cosmiques. Pourquoi ? Parce qu'elle me protège. Ma haine est un rempart contre la dégueulasserie d'autrui. Vous savez, ce prochain qu'il faut aimer comme soi-même. Eh bien, j'applique la méthode. Mais inverse : je hais mon prochain comme moi-même.
Je suis l'acrimonieux, le beauf, le divorcé.
J'ai besoin de cette haine parce que, depuis trois mois, mon excellente seconde femme m'a collé au mouroir.

Un roman au ton très noir et résolument nihiliste avec un humour carrément amer et décalé qui m'a bien plu. Fabien Clavel démarre son récit en partant du dépit de certaines personnes âgées qui se retrouvent enfermées en maison de retraite. Bon, je sais également que vivre en maison de repos n'est pas toujours aussi noir que cela semble l'être dans le livre, mais cela peut être considéré comme un enfermement pour certains (mon expérience familiale confirme ces deux points). 

Evangile Cannibale - Fabien Clavel (Photo)

La rébellion réussie, nos vieux décident de prendre le large. N'entendant plus rien à l'extérieur, ils décident de sortir pour finalement s'en aller vers Paris. La troupe, menée par la doyenne dans son lit à roulette, s'en va soit roulant sur sa chaise, soit en trainant sa bonbonne d'oxygène et ils parcourent ainsi les rues passablement désertées de la capitale française... Jusqu'à la rencontre avec un être qui semble encore plus proche de la mort que eux ne le sont. De la sort la théorie du zombie car pour l'un d'entre eux, cet être a tout de ce qu'il a pu voir dans les films de Romero. A partir de là, notre troupe sénile et brinquebalante devra survivre comme elle peut. 

J'ai assez bien aimé la raison qui explique la transformation des humains en zombies, une belle occasion de réfléchir au besoin de l'homme de lutter contre le vieillissement. Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé l'humour noir très présent dans ce roman. Cela offre de belles parenthèse dans un récit de survie qui n'est pas toujours rose. Néanmoins, à imaginer notre sale type en héros en chaise roulante, on imaginerais presque Gustave Kervern nous adapter "L'évangile cannibale" au cinéma (pour ceux qui se souviennent encore du roadmovie en chaise roulante qu'était "Aaltra").

Bref, "L'évangile cannibale" est un roman qui m'a positivement surpris d'autant que je me voyais l'abandonner après quelques pages. Cela démontre la force d'écriture de Fabien Clavel ainsi que sa capacité à mettre de l'originalité dans la thématique zombies tout en ajoutant des thématiques et critiques biens vues (vieillissement, éternelle jeunesse, etc.). 

Oh, et pour la petite note de fin, sachez que ce roman a été écrit bien avant que le zombie devienne une figure populaire en livre. Fabien Clavel a seulement du attendre qu'un éditeur veuillent bien éditer son roman. Bien vu ActuSF pour le coup !

A propos de Fabien Clavel

 
Fabien Clavel est un auteur français né en 1978. Auteur de nombreux romans pou adulte et la jeunesse, il parcourt tous les chemins de l'imaginaire passant de la fantasy aux romans de vampires, des histoires de zombies aux aventures de space opera. Quand il n'invente pas des histoires, Fabien Clavel enseigne le français et le latin.
"L'évangile cannibale" - Fabien Clavel "L'évangile cannibale" - Fabien Clavel Reviewed by Julien le Naufragé on mercredi, novembre 11, 2015 Rating: 5

2 commentaires:

  1. J'ai vraiment adoré ce texte que j'ai dévoré. J'ai dévoré la plupart des romans de Fabien Clavel et à chaque fois j'ai trouvé qu'il avait su renouveler le genre, voire le renouveller.

    J'adore et j'ai adoré cette lecture :D

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  2. J'ai aussi adoré alors que je ne m'attendais pas à aimer ce roman

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