Interview avec les éditions de l'instant : un nouvel éditeur des littératures de l'imaginaire

Les éditions de l'instant est une jeune maison d'édition en création qui publiera des auteur-e-s des littératures de l'imaginaire. Ils nous proposent de découvrir des auteures comme Sofia Samatar et Nnedi Okorafor
Profitant du fait qu'ils sont belges et liégeois comme moi, j'ai donc rencontré Patrick, l'un des deux éditeurs, pour vous offrir une interview qui vous permettera d'en savoir plus sur eux et leurs projets. 
En tout cas, moi je suis conquis et j'attends avec impatience le roman de Sofia Samatar.



Naufragés volontaires
: Patrick, bonjour. Tu es un des fondateurs des Editions de l’Instant. Qui sont les éditons de l’instant et d’où naît ce projet ?

Patrick : Les Editions de l’Instant sont le fruit d’une passion. En ce qui me concerne, je lis de la SF depuis l’âge de 11 ans (j’en ai 43). Pour être précis, mon premier bouquin de SF, c’était le premier tome de La geste des Princes-Démons de Jack Vance. Depuis, je n’ai pas arrêté. J’ai accroché tout de suite, j’en ai lu des centaines, probablement des milliers. Un vrai fan qui entassait les J’Ai Lu SF, les Présence du Futur, les Livres d’Or, etc. Contrairement à beaucoup des fans, je n’ai jamais eu plus que des velléités d’écriture, mais j’ai par contre toujours été attiré par l’édition. Cela me fascinait : compiler des anthologies, créer une ligne éditoriale, découvrir des livres, des auteurs, des genres et prendre le risque de les proposer aux lecteurs. Au fil des années, j’ai eu la chance de rencontrer des gens, à commencer par ma compagne, qui partageaient cette passion et qui souhaitaient participer à un projet de maison d’édition. Chacun contribue selon ses talents et tout cela forme un beau melting-pot bouillonnant d’où sortiront bientôt de bons livres. Le maître-mot est donc Passion.


Naufragés volontaires
: Quel est le but des Editions de l’Instant ?

Patrick : Promouvoir et mettre en valeur des auteurs qui auraient normalement moins de chances d’être publié dans nos belles contrées francophones. C’est notre but ultime. Il s’applique aussi bien à des auteurs, qu’à des formats, qu’à des langues, qu’à des sous-genres. Donc, dans l’ordre, ça donne : des auteurs ayant été peu ou jamais traduits en français, des auteurs francophones méconnus, oubliés ou jamais publiés, des nouveaux noms de qualité mais mal connus du public. Des formats mal-aimés et pas assez exploités en francophonie, comme le recueil de nouvelles, l’anthologie, la novella,… Des langues qu’on traduit peu dans notre domaine, du danois au malais, du swahili à l’italien. Des sous-genres aussi modernes que passionnants, par exemple l’afrofuturisme, la silk road fantasy, le dieselpunk,…

Photo Sofia Samatar : Copyright Sofia Samatar

Naufragés volontaires : Pourquoi avoir choisi de publier Sofia Samatar ? Qui est-elle et pouvez-vous nous présenter brièvement l’histoire de son roman “Un étranger en Olondre” ?

Patrick : Quand le projet est devenu réalité, le premier roman que je voulais traduire, c’était « Un étranger en Olondre ». De tous les livres que j’ai lu à cette époque, c’était celui qui s’imposait comme une évidence. J’aime tout ce qu’il y a dedans : sa prose, son rythme, la musique que chantent ses mots, son histoire, ses rebondissements, le voyage qu’il propose, sa poésie, sa finesse, l’humour et les émotions qui s’en dégagent… J’arrête là, je pourrai continuer longtemps. On a eu la chance de pouvoir acquérir ses droits rapidement et de s’atteler à sa traduction – une des tâches les plus exaltantes qu’il m’ait été donné d’accomplir – tout aussi rapidement. Le fait qu’il ait quelques mois plus tard obtenu toute une série de prix prestigieux, entre autres le World Fantasy Award et le British Fantasy Award, a été notre cerise sur le gâteau.

Sofia Samatar présente elle-même son roman de la façon suivante : « Je voulais écrire une œuvre de fantasy dans laquelle le langage et l’histoire auraient la même importance. » Pour parler du livre, il me faut donc parler des deux : de cette histoire, qui est celle de Jevick, jeune homme découvrant deux univers, celui des livres et celui de l’Olondre, mais aussi celle de ce fantôme qui est aussi un ange et qui hante notre héros ou celle de cette lutte sans merci à laquelle se livrent les deux principales religions olondriennes et dans laquelle notre héros devient un enjeu majeur. Mais aussi de l’écriture, une perle de précision, de poésie, de subtilité, sans jamais verser dans le précieux ou l’ésotérique. Et des rapports qu’entretiennent étroitement le style de l’œuvre, son intrigue, son histoire. L’extrait que nous proposons sur notre blog est très représentatif de la manière Sofia Samatar, une manière érudite et voyageuse, poétique et amusée. On peut lire aussi un petit article très intéressant sur Sofia et sa vie aventureuse sur notre blog.


Photo : Nnedi Okorafor

Naufragés volontaires : Quels sont les futurs projets des éditions de l’instant ? Il y a bien un livre de Nnedi Okorafor ensuite, mais quels sont les autres projets et envies ?

Patrick : Donc, tout d’abord, « Kabu-Kabu » de Nnedi Okorafor, que je tiens pour une des meilleures écrivaines actuelles. Un recueil de nouvelles dans la veine de son roman « Qui a peur de la Mort ? », entre réalisme magique et visions d’une Afrique future, avec quelques incursions fantasy.

Ensuite, une anthologie steampunk originale, « Gentlemen mécaniques », avec pas mal de textes venant des USA, d’Australie, de France, et dont le sommaire est presque bouclé (on voudrait y adjoindre encore l’un ou l’autre texte). L’idée des anthologies thématiques nous tient très à cœur, on travaille déjà sur la suivante, qui sera consacrée à Cthulhu et aux mythes lovecraftiens. Ce sera des chouettes bouquins semi-poche contenant une douzaine de nouvelles, avec beaucoup de nouveaux auteurs et quelques-uns déjà réputés. On aimerait y présenter aussi bien des genres et des thèmes connus, comme ce sera le cas pour les deux premières anthos, que d’autres moins évidents : un recueil afrofuturiste devrait voir le jour, un autre de silk road fantasy aussi. C’est l’essence même de ce que nous voulons faire : découvrir des choses différentes.

On a aussi quelques romans qui pourraient se profiler par la suite, dans notre collection grand format : aussi bien des auteurs anglo-saxons (on aime beaucoup des gens comme Jeffrey Thomas, Lavie Tidhar, Mur Lafferty ou Peter Dickinson par exemple) que des auteurs d’autres horizons. Des francophones bien sûr, mais aussi des trucs plus fous et plus osés. Une anthologie de cyberpunk singapourien, un roman de fantasy malaise, un post-apo danois, un space opera italien... Des livres difficiles à produire, présentant des risques, mais des livres qui apportent du plaisir et qui nous apparaissent à la fois urgent et amusant de publier.

Mon rêve reste une gigantesque anthologie présentant un panorama de l’état de la SF et de la fantasy dans le monde, qui mélangerait allégrement des textes philippins comme sud-africains, brésiliens comme finlandais, espagnols comme japonais… Pas seulement des anglo-saxons ou des francophones…



Naufragés volontaires : Actuellement, vous avez un crowdfunding qui est ouvert pour lancer votre maison d’édition. Comment cela avance-t-il ? Pourquoi un crowdfunding ? Et est-ce que la maison d’édition se fera si le crowdfunding ne fonctionne pas ?

Patrick : On va être honnête, ça fonctionne beaucoup moins bien qu’espéré. Il est difficile de se faire connaître dans le milieu. Mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles nous te remercions de cet entretien, qui permettra aux lecteurs de mieux nous connaître. C’est normal, les gens se posent plein de questions : c’est qui ces gens ? Est-ce que ça va être bien ? Qu’est-ce qui me prouve que ce projet est viable ? Difficile de répondre à toutes ces questions. On s’y emploie, on fait de notre mieux, on avance, on essaye d’entendre les retours, de corriger nos erreurs,… Il reste plus de 5 semaines pour remplir la jauge, rien n’est mal fait. On reste à l’écoute en permanence, on essaye de communiquer le plus possible. Ce qui n’est pas toujours facile. Mais on y croit. Parce que ce projet existera. Parce que nous n’abandonnerons jamais. Même s’il est risqué, même s’il est plus qu’osé du point de vue financier.

Le financement participatif, pour nous, c’est le rêve. Le capital qui nous permet de rester indépendants, de ne pas passer par des banques, de garder notre idée la plus pure possible. Laisser le pouvoir aux lecteurs plutôt qu’au financier. Il n’y aurait dans cette entreprise que l’argent que nous y avons personnellement injecté, et l’argent des lecteurs. Un modèle démocratique en quelque sorte, qui ne passe pas sous les fourches caudines d’institutions bancaires ou autres. Un modèle optimiste et peut-être utopique, mais que nous nous devions d’au moins essayer. Parce que c’est celui qui nous correspond le plus.

Si vous voulez être optimiste et utopique aussi, c’est par ici que ça se passe : https://crowdin.be/projets/leseditionsdelinstant/ La plate-forme paraît de prime abord complexe à utiliser, mais c’est le prix de la sécurité. Et puis, c’est une plate-forme liégeoise, comme nous. C’est chouette de faire fonctionner l’économie locale, on agira de même pour l’impression et dans un futur assez proche, si tout va bien, pour l’édition numérique.

Vous pouvez nous suivre sur Facebook pour les infos et les nouvelles au jour le jour. Enfin, notre blog accueillera des extraits d’œuvre, des articles plus fouillés, des interviews et, on l’espère pour dans pas trop longtemps, des nouvelles inédites. Nous sommes très sensibles à la communication avec nos lecteurs (l’auriez-vous deviné ?), ces supports vous permettent aussi de vous exprimer, n’hésitez pas. On est réceptifs : par exemple, c’est grâce aux commentaires et interventions des lecteurs que nous allons bientôt présenter de nouveaux visuels pour la couverture du roman de Sofia Samatar.

Merci de nous avoir donné l’occasion de nous présenter, Julien. C’était très agréable.
Interview avec les éditions de l'instant : un nouvel éditeur des littératures de l'imaginaire Interview avec les éditions de l'instant : un nouvel éditeur des littératures de l'imaginaire Reviewed by Julien le Naufragé on samedi, juin 20, 2015 Rating: 5

2 commentaires:

  1. Belle énergie et belle démarche.
    Quand les moyens et la fin tentent le couple idéal.
    Pas la voie la plus simple, mais, comme dit Gandalf: «maintenant il va nous falloir choisir entre le juste et le facile»... vous avez choisi le juste, je vous souhaite la magie... ça irait bien avec la passion (qu on sent dans ce projet) dans le genre union réussie, aussi.

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  2. Visiblement la passion est là. Espérons que cela prendra bien et que les livres seront bien accueillis.

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