"L'écume des jours" - Boris Vian

Je ne me souviens plus avoir déjà lu du Boris Vian, mais la description en relation avec la musique Jazz me donnait fichtrement envie. Alors c'est avec plaisir que je me suis plongé dans "L'écume des jours" et c'est avec délectation que je me suis enivré de ce livre carrément délirant et absurde.

++ La quatrième de couverture ++

Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d'amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. Dans cette œuvre d'une modernité insolente, livre culte depuis plus de cinquante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d'un nénuphar, le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir. Seuls deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des Noirs américains...

+++ Mon avis +++

Est-il encore utile aujourd'hui de présenter Boris Vian? Ingénieur de formation il fut tout à tour écrivain, poète, scénariste, traducteur, acteur, peintre, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz. Tout cela en fait un personnage protéiforme qui a pu s'essayer à un tas de choses et pour lesquels il a chaque fois marqué son passage assez durablement malgré une mort prématurée à l'âge de 39 ans. 

"L'écume des jours" est bien sur un grand classique. Le livre étudié dans les collèges français et qui pour la plupart des gens doit donc en faire un devoir, un travail plus qu'un plaisir de lecture. Pour ma part, c'est sans contraintes et juste par plaisir que je me suis lancé dans cet ouvrage. Alors évidemment, libre de me laisser porté, je me suis fait happé par ce livre complètement absurde d'autant que je ne m'attendais pas du tout à cela.

Il faut dire que derrière une histoire carrément dingue se dessine un roman complètement absurde. Prenons notre héros, Colin, un homme suffisamment riche que pour rester libre de tout travail, qui tombe amoureux de Chloé, pauvre jeune fille qui souffre d'un mal difficile à soigner car un nénuphar pousse dans ses poumons. De l'autre côté on a Chick, grand fan de Jean Sol Partre et ami de Colin, et qui est lui aussi amoureux mais de Alise. Cette dernière est parente du bon Nicolas, cuisinier et homme à tout faire de Colin. Pour soigner sa douce et tendre, Colin doit lui offrir de belles fleurs et lui faire boire deux cuillères d'eau par jour. En parallèle à ce mal, Colin voit sa maison rapetisser de jour en jour on ne sait comment. Bref, vous voyez un peu le tableau...

Boris Vian crée dans notre monde réel une histoire ou l'absurde (voir le surréel?) prend une place importante. Dans cette histoire arrive un tas d'événements hallucinants, loufoques et impossibles dans un monde réel mais qui semblent tout à fait normaux à nos protagonistes. L'humour se taille donc une place importante dans ce roman sans tomber dans la gaudriole inutile. Boris Vian apportant à son livre un tas de réflexions, s'attaquant ainsi à la notion du travail optant par là à une position plutôt anarchiste de la chose. Mais il touche également d'autre sujet comme bien sur l'amour passion, la déchéance dans la maladie (pensez à cette pauvre Chloé et son nénuphar qui la mènera à la mort), le culte de la personnalité (pensons au fameux Jean-Sol Partre adulé par Chick) et bien d'autres choses. Sans oublier tous ces jeux de mots qui sont heureusement expliqués en fin de bouquin car pour certains, ils ne sont plus de notre actualité.

Bref, "L'écume des jours" est un roman que j'ai vraiment dégusté de bout en bout. Un livre riche qui de jeux de mots, de personnages clés et de situations délirantes. Boris Vian est donc un auteur vers lequel je me tournerai à nouveau avec grand plaisir même si je suppose que chacun de ses romans ne sont pas tous du même absurde. En tout cas, ici, c'est d'un irréel délice.


+++ Le livre +++
  • Poche: 350 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche
  • Collection : Littérature et Documents
"L'écume des jours" - Boris Vian "L'écume des jours" - Boris Vian Reviewed by Julien le Naufragé on dimanche, décembre 09, 2012 Rating: 5

16 commentaires:

  1. @ Gromovar : Je m'attendais pas à ça moi. J'ai vraiment bien aimé. Je m'attendais à du sérieux et je tombe dans l'absurde : génial!

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  2. J'avais inconditionnellement adoré lorsque je l'avais découvert, un univers incroyable, une écriture formidable, il fait partie des livres que j'aimerais avoir le temps de relire un jour.

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  3. @ Endea : Pour le temps, tu le trouveras. Il n'est pas si long que ça ;-) Mais de fait, il y a de quoi être carrément envoûté!

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  4. Je te conseille les "Vernon Sullivan", les romans noirs un peu sexy aussi qu'il a fait mine de traduire pour le public français ; on y découvre une Amérique réaliste mais complètement fantasmée. Un peu comme si Dick avait écrit du Chandler (bon j'exagère peut-être un peu, là...)

    Son théâtre est un peu en dessous par contre. Restent encore et toujours ses chansons !

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  5. Je le lirai avant d'aller voir la prochaine adaptation cinéma du roman, par Michel Gondry. :)

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  6. @ Marcel Trucmuche : Oui je me lirai du Vernon Sullivan ;-) Et au passage du Chandler car j'ai pas encore lu ça non plus.

    @ Lorhkan : Oui j'ai vu au passage qu'une adaptation se préparait. Cela doit pas être évident à faire.

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  7. C'est vrai mais vu ce qu'est capable de mettre en image le réalisateur, ça peut franchement valoir le coup !

    je garde un exxxxxcellent souvenir de "Eternal sunshine of the spotlesse mind", peut-être le meilleur film dickien qui ne soit pas basé sur un écrit de Dick.

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  8. @ Lorhkan : C'est vrais que "Eternal sunshine of the spotless mind" était une tuerie. Tu me donnes envie de le revoir!

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  9. salut,
    je suis justement en pleine lecture d'un bouquin de Vian (Vernon Sullivan), "les morts on tous la même peau" (soit dit en passant, c'est terrible). Tu me donnes envie de retenter "l'écume des jours". J'avais fait une courte incursion dans ce bouquin trouvé par hasard chez david, mais c'était tellement décalé que je l'avais mis de côté au profit d'un autre. une nouvelle tentative me semble indiquée.
    très bon choix de lecture et bonne critique, merci le naufragé

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  11. @ Archibald : Il faudrait que je lise "J'irai cracher sur vos tombes" de Vernon Sullivan (Boris Vian). Sur ton conseil d'ailleurs ;-)

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  12. J'ai eu le malheur de lire ce livre trop jeune. A 9 ans. J'ai été traumatisée… Mes parents ont des livres partout chez eux et n'ont pas fait gaffe, du coup j'ai puisé un peu partout lorsque j'ai vidé la bibliothèque de l'école. Il faudrait que je le relise, car certaines images me sont restées comme la maison qui se modifie et le piano à alcools! J'aime l'absurde en lecture, beaucoup moins au cinéma. Je ne risque pas d'aller voir l'adaptation cinématographique!

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  13. @ Cvrin : C'est clair qu'à 9 ans, cela doit être déstabilisant. Moi, je me rends compte qu'il y a plein de classiques que je découvre que maintenant. Ou plutôt qui me donne envie d'être lu maintenant, y prenant plus de plaisir qu'à l'époque scolaire. Comme quoi, chaque chose en son temps.
    Mais j'ai vu un extrait du film, cela semble sympa... Mais pas autant que le livre ;-)

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  14. J'ai trouvé le temps de le relire et franchement je ne suis pas déçue, c'est du grandiose, et en même temps c'est très triste et absurde.
    Tout à fait d'accord avec ta conclusion.

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  15. @ Endea : Haaaa, on est bien d'accord.

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