"La forêt des 29" de Irène Frain

Je n'avais encore jamais lu Irène Frain et c'est donc avec curiosité que j'avais envie de découvrir cette auteure relativement connue. Sans oublier bien sur le message écologiste du livre qui me touche personnellement au plus haut point bien sur.


++ La quatrième de couverture ++
Cela se passait en Inde, il y a plus de cinq siècles. Dans ce pays aimé des poètes, les puissants ont tout saccagé. Pour leurs constructions mirifiques, ils ont déboisé les forêts, méprisé les forces de la terre et du ciel. Le vent s'engouffre dans les villages, la sécheresse s'installe, le fossé entre les riches et les pauvres devient intolérable, la misère rôde, la vie est en danger. Pourtant chacun courbe l'échine... Un jeune paysan va refuser la fatalité. Rejeté par les siens, Djambo a rejoint le peuple des Errants, connu la faim, la soif, la passion et l'inanité des rêves d'abondance. Avec quelques vagabonds, il fonde une communauté dont la survie tient à 29 principes simples. Leur ligne directrice : le respect de la Nature et de tous les êtres humains. Ces principes vont permettre au Pays de la Mort de ressusciter.


+++ Mon avis +++

C'est donc avec curiosité que je me suis lancé dans ce livre situé à mi-chemin entre le roman et le récit historique. D'autant que de l'histoire indienne je ne connais rien, en bon occidental européano-centriste par fainéantise d'esprit. Néanmoins le choix d'un personnage écologiste avant l'heure m'a titillé l'esprit et m'a invité à la lecture de ce livre. Et si Djambo est un personnage qui a réellement existé, Irène Frain choisit de nous l'offrir au travers du conte.

La première partie de ce livre se déroule comme un conte initiatique où Djambo se créé en tant qu'être humain. Depuis sa naissance, il est rejeté par sa mère et sa famille parce qu'il est né avec 6 orteils aux pieds. Méprisé et maltraité à cause de sa difformité il va subir sa vie jusqu'au jour où il se décidera à partir sur les routes. Son choix de vie est fait : il va devenir magicien. Chemin faisant, il développera ses compétences et rencontrera une belle jeune danseuse atteinte de la même difformité que lui. Djambo ne quittera pas son maître magicien, c'est ce dernier qui partira. Et Djambo rejoindra donc la troupe de cette femme qu'il aimera et suivra bon gré mal gré... Mais de cette rencontre ne naîtra pas encore le personnage historique. Cette partie restant la création d'un homme à travers les différents âges, un portrait en douceur qui montre par quoi est passé Djambo, sans pour autant le peindre de manière forcément idyllique.

En parallèle nous suivons Bika, prince déchu qui cherche sa revanche. Il rêve d'un palais en plein désert, mais il faut trouver du bois. Et à force de déboiser, on assèche... jusqu'à ne plus avoir d'eau et d'en faire mourir le peuple, les animaux et la végétation.

Dans la deuxième partie, la légende de Djambo se créé. Il évolue en tant que figure mythique, en tant qu'inspirateur de la communauté des 29 : les Bishnoïs, communauté écologique avant l'heure. On bascule d'un personnage à un autre, de manière un peu trop abrupte à mon goût. Djambo passe du jeune écervelé au nouveau sage prophétique. Ce passage est compréhensible, s'amène légèrement, mais la transformation se fait de manière un peu abrupte et j'ai eu un peu de mal à comprendre en quoi il passe d'un personnage vers un autre, du Djambo ancien au djambo nouveau... Cela dit, on voit ici se créé une conscience écologique où Djambo en est l'icône vivante même si la conscience qui se créé de manière collective. Un nouveau peuple naît, celui des Bishnoïs. Un peuple sans caste qui considère l'arbre et l'animal comme son égal. Un peuple qui grâce à sa symbiose avec son environnement a pu le faire renaître à la verdure. Un magnifique exemple, peut-être jusqu'au boutiste mais qui vaut le peine d'exister et d'être mentionné.

La troisième partie nous conte le massacre de la communauté des 29, 300 ans après la disparition de Djambo. La maharadja de Jodhpur a besoin de chaux pour construire son palais, et pour cela il a besoin de bois. Celui des Bishnoïs fera l'affaire. Sauf que ceux-ci sont près à tous mourir pour le forêt. Pour un arbre, les hommes du maharadja devront tuer un Bishnoï. De guerre lasse, il abandonnera... et proclamera cette forêt protégée éternellement selon la loi.

Le peuple des Bishnoïs peut nous inspirer ou nous sidérer. Pourquoi en faire autant, pourquoi aller si loin? Il faut garder en mémoire que l'Inde est un pays sec et des années de sécheresses on fait que certains d'entre eux, dont djambo, on remarqué que l'arbre, symbole de vie, est également celui qui maintient l'eau dans son environnement proche. Il forme les oasis et nourrit les animaux. Tout cela créé un écosystème particulier dont les Bishnoïs font partie, pas en tant que gestionnaire à l'occidentale mais comme être vivant inclus dans ce lieu.

La formule littéraire du conte fait que le livre, malgré ces quelques longueurs, se lit facilement. On pardonnera les changements peut-être abrupte entre les deux premières parties qui nous donnent l'impression d'y voir deux personnages différents. Mais le fond vaut largement ces petits défauts. Mais faut-il le rappeler, Irène Frain construit un conte sur des faits historiques. Il faut donc faire avec ce que l'histoire nous a livré (et ici les Charans, porteurs d'histoire en Inde) et ce n'est pas forcément facile en tant qu'écrivain où l'on aurait parfois envie de broder plus qu'il ne faudrait sur certains moments de la vie d'un personnage pour en faire un vrais héros de roman.

Et la question finale? Est-ce que les Bishnoïs m'inspire? Oui. Mais suivrais-je leur principe jusqu'au bout? Je ne suis pas certain. J'espère déjà faire beaucoup pour mon environnement mais notre nature n'est pas la même que la leur, je n'ai pas grandi avec les mêmes références culturelles, nos conditions de vie ne sont pas les mêmes non plus. Il faut relativiser, mais on peut être d'accord avec eux sur le fait que l'homme n'est plus partie de la nature... et c'est sans doute ce qui l'invite à se croire au dessus d'elle et de la détruire d'autant plus facilement.


+++ Mais encore +++

Je remercie Livraddict et les éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

A voir, les photos de Frank Vogel sur le peuple des Bishnoïs.


Sixième lecture pour le Challenge Histoire.

Infos sur ce Challenge sur le blog "A l'ombre du cerisier"
Le billet récapitulatif des participations



+++ Le livre +++
  • Broché: 455 pages
  • Editeur : Michel Lafon (12 février 2011)

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"La forêt des 29" de Irène Frain "La forêt des 29" de Irène Frain Reviewed by Julien le Naufragé on lundi, mai 09, 2011 Rating: 5

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    L'année dernière, tu étais inscrit au challenge histoire organisé par jelydragon Elle ne le réorganisera pas cette année mais je prends le relais à partir du 01 septembre pour un an. Si tu as encore des envies de lecture dans ce domaine rejoins nous, je serai ravie de te compter parmi les participants. Les règles ne changent pas sauf suggestions d'amélioration de la part des participants et les inscriptions sont ouvertes dès à présent sur mon blog; A bientôt j'espère
    Cordialement

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