"Darwinia" de Robert Charles Wilson

Robert Charles Wilson est mon auteur découverte et favoris en 2010, notamment au travers des ces excellentissimes "Spin" et "Les Chronolithes". En 2011 je continue donc la découverte de son œuvre et notamment avec son "Darwinia" lu en lecture commune avec Lhisbei et Cachou dans le cadre du Winter Time Challenge.


+++ La quatrième de couverture +++

Mars 1912, l'Europe et une partie de l'Angleterre disparaissent subitement, remplacées par un continent à la faune et à la flore non terrestres que l'on ne tarde pas à nommer la Darwinie. Pour le jeune Guilford Law, cette tragédie n'a rien d'un miracle ou d'une punition divine ; plutôt une énigme que la science pourra un jour résoudre
Fort de cette certitude, il va tout sacrifier pour faire partie de la première grande expédition d'exploration destinée à s'enfoncer au cœur du continent inconnu ; une expédition qui, de mort violente en mort violente, le mènera plus loin qu'il ne pouvait l'imaginer... Nominé au prestigieux prix Hugo en 1999, Darwinia est une œuvre d'une singulière ambition, qui évoque l'époque glorieuse où les savants étaient aussi explorateurs et aventuriers


+++ Mon avis +++

Depuis la lecture de "Les Chronolithes", ce n'est que pur plaisir pour moi que de plonger dans l'oeuvre de Robert Charles Wilson, avec bien sur un summum atteint pour "Spin". Cinquième lecture de cet auteur donc pour moi, et c'est toujours aussi plaisant. Bien sur on est pas encore au niveau atteint par les deux oeuvres sus-nommées, mais il y'a déjà ici les germes du grand art de cet auteur.

Ce roman a dès le départ tout d'une uchronie. En 1912, voilà que le contenu du continent européen disparaît pour laisser place à quelque chose d'autres. C'est le même continent mais vierge de présence humaine et couvert d'un végétation inconnue. Une ancienne terre inexplorée s'ouvre, un continent couvert d'une nouvelle végétation étrange et d'animaux inconnus comme venus d'une autre planète. Phénomène étrange, effrayant, et mortel même car tous les habitants de l'Europe ont disparu. Bref nous voilà devant un nouveau territoire à reconquérir et pour cela les américains sont disputeront la partie avec les anglais émigrés des colonies revenant au pays pour reconstruire Londres et le territoire de la couronne anglaise. Mais qu'est-ce que tout cela représente? Pour certain, il s'agit tout bonnement d'une punition divine ou d'un miracle. Pour d'autres d'un phénomène incompréhensible. Toujours est-il qu'un groupe de scientifiques américains s'embarquent pour le continent afin d'en étudier le contenu de ce changement. Guilford Law est de la partie, en tant que photographe, et le voilà parti dans cette grande expédition d'exploration avec l'espoir de ramener des clichés historiques d'un continent en redécouverte. Bien sur, il y'a un truc qui va déraper, mais Robert Charles Wilson arrive à nous filé le tournis avec cette aventure d'explorateurs. J'ai beaucoup aimé tous ces passages de découvertes du continent ainsi que cette cité sans nom qui avait tout d'un temple Lovecraftien. On retrouve également dans ce texte un tas de références aux grands anciens de la science-fiction du début du siècle (Edgard Rice Burroughs, etc), ainsi qu'aux pulps SF de l'époque. Dommage que l'on ait pas plus de descriptif des plantes et animaux de la Darwinie.

A côté de Guilford, on suivra la vie de sa femme expatriée par obligation sur l'ïle anglaise, forcé de s'adaptéer à cette nouvelle vie et confrontée à la mort supposée de son mari. Vision et vie d'une femme dans une communauté de pionniers européens. On suivra également les affres d'un mentalistes possédés par un dieu... Un être malfaisant qui peut prendre contrôle de sa personne à tout instant et le rendant également immortel par la même occasion. Trois destinées donc, trois vies qui sont liées par quelques choses mais trois vies qui ne se croiseront pas vraiment. Ce qui est certain c'est que Robert Charles Wilson nous offre une belle galerie de personnages attachant, surtout pour Guilford Law.

On sent déjà là, les prémices d'une manière romanesque de décrire les choses pour Wilson. On prend trois personnages différents et on suit leurs manières de réagir face à un phénomène extérieur qui bouleverse tout sur terre. On retrouve une fois de plus cette manière humaine d'approcher le monde, de subir une menace extérieure puis d'agir sur celle-ci. Il y'a également au final un petit quelque chose du thriller comme Wilson sait les faire, une bonne dose d'aventure sur fond SF.

Et puis il y'a le vertige : "Peut-être sommes nous tous des esprits dans une machine" (p304). Réflexion effrayante issue de ce roman mais résumant finalement la densité du vertige offerte par l'auteur. On arrive ici à quelque chose de plus déstabilisant qu'un roman de Philip K. Dick. On aborde la notion du réel et sa tangibilité, le libre arbitre, etc. Ou alors vivons-nous comme des boucles mathématiques auto-reproductrices au sein d'une machine galactique qui nous dépasse? Effrayant! Mais alors, sommes-nous réellement dans une uchronie ou bien dans un roman sur les mondes parallèles? Hé bien les deux car la bonne moitié de ce roman est une uchronie, mais qui diffère à un moment pour développer le thème des mondes parallèles et de la réalité.

Bref, des thématiques riches, un roman qui se lit très bien et qui s'enfile facilement. Des personnages attachant et une certaine richesse dans le livre. Néanmoins ce n'est pas encore le meilleur Wilson, et pour dire vrais c'est aussi un roman du maître qui déplaît à beaucoup de monde. Peut-être par ces parties trop scientifiques (hard SF?) au vocabulaire trop riche et abscons qui fait facilement perdre le fil du récit et donc du fin fond de l'histoire. Il y'a peut-être un petit quelque chose de bof sur la longueur, c'est cette lutte entre le bien et le mal un peu trop limitée à une histoire d'ange et démons qui n'en sont pas réellement d'ailleurs. Un bon roman mais qui est encore loin du top de Wilson. Un roman qui plaira à certains et déplaira surement à d'autres. Un roman qui a du potentiel mais peut-être pas porté à fond comme dans "Spin". Passera qui voudra, mais c'est tout de même un bon livre.


+++ Mais encore +++

Lecture commune partagée avec Cachou et Lhisbei. Allez voir leurs avis!

Mes autres billets de lecture sur Robert Charles Wilson.

Cinquième lecture donc pour le Winter Time Travel Challenge, défi littéraire qui a pour thème l'uchronie.

Mon billet de présentation
Les autres billets de ce Challenge
Le billet du RSF blog qui a lancé ce Challenge
L'uchronique c'est quoi? Allez voir sur Wikipedia



+++ Ce qu'en dit Citriq +++



+++ Le livre +++
  • Poche: 444 pages
  • Editeur : Editions Gallimard (8 octobre 2003)
  • Collection : Folio Science Fiction
  • Traduction : Michèle Charrier
  • Illustration : Sparth
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"Darwinia" de Robert Charles Wilson "Darwinia" de Robert Charles Wilson Reviewed by Julien le Naufragé on dimanche, février 27, 2011 Rating: 5

8 commentaires:

  1. Je fais partie de ceux qui n'ont pas trop aimé ce Darwinia. Mais comme j'ai choisi de lire les œuvres de Wilson dans l'ordre chronologique, ce que j'en lis est presque chaque fois meilleur que le précédent. Il me reste d'ailleurs Spin à lire. J'en salive d'avance.
    Toi qui as commencé par le meilleur, j'ai peur que tu n'ailles de déception en déception. Mais je ne te le souhaite évidemment pas. Et puis, le moins bon de Wilson reste encore assez bon pour nous donner du plaisir.
    Et plus important encore, tout ça est une affaire de goût ;o)

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  2. Vocabulaire scientifique difficile tu penses? Ca allait encore je trouve. Mais c'est vrai qu'après avoir lu Greg Egan, tout le reste semble facile de ce côté-là! ^_^

    Moi je vais bientôt enchaîner avec "Les Fils du Vent" du monsieur (de préférence avant le 21 mars!).

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  3. Hum!!! La quatrième de couverture me tente beaucoup!

    Et ton avis me donne très envie de découvrir cet auteur!

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  4. @ De.w : honnêtement découvre cet auteur par un autre bouquin !

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  5. @ Arutha : Tu as raison, c'est une affaire de goûts, car finalement, je ne suis pas vraiment déçu. J'ai passé ici un bon moment. On ne retrouve pas le top du top, mais c'est tout de même meilleur que bien d'autres livres!

    @ Cachou : C'est vrais que à côté de Egan, c'est du petit lait! ;-) Mais je compte me lire "Les fils du vent" avec le 21 aussi. Reste à acheter le livre et trouver le temps de le lire. J'ai un Stephen Baxter sous le bras et un Heinlein sous l'autre! ;-)

    @ De.w : c'est un livre sympathique que j'ai bien aimé. Comme chaque Wilson en fait... Mais comme le dit Guillaume44, commence peut-être par un autre? Du genre "Les chronolithes" ou "spin".

    @ Guillaume44 : remarque pertinente.

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  6. Je vois que tu as bien aimé... J'avoue que moi j'ai détesté et que j'ai eu du mal sur la fin. Le vocabulaire scientifique est compliqué, mais à la limite ca n'est pas trop le problème. C'est surtout qu'il est inutilement compliqué, alors que l'explication est au final très simple, voire banale dans la littérature de SFFF.

    @de.w
    je trouve que le livre ne tient pas les promesses du 4eme de couverture.

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  7. je fais partie des moins enthousiastes. pas à cause du vocabulaire (ça va encore) mais parce que j'attendais autre chose de l'explication de l'apparition de la Darwinie : là c'est juste les bons contre les méchants dans une réalité fabriquée ... bof quoi ;)

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  8. @ Pitivier : C'est clair que le vocabulaire est inutilement compliqué sur certains passages, alors que plus simple cela n'aurait rien changé au fond.

    @ Lhisbei : J'ai bien aimé comparé à beaucoup de monde. Ce n'est pas le top du panier, mais j'ai passé un bon moment. Ce livre divise assez bien je trouve, soit on trouve des gens qui s'y sont bien plu, et d'autres pas du tout. Mais le coup des gentils et des méchants est bof, je suis d'accord, plutôt limite même et un peu étonnant dans ce cas-ci. Il aurait pu mieux traiter cette partie là. J'aime pas trop les terminologies dieu etc ici.

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