"Effacement" de Percival Everett

Avec "Effacement" j'entamais ma deuxième lecture de Percival Everett. Le premier voyage littéraire fut réalisé au travers de "Blessés", livre que j'avais beaucoup aimé. D'où le fait que je me sois lancé un jour dans l'achat d'un autre livre de Mr Everett. Malheureusement, et comme de nombreux livres achetés, il est resté longtemps dans ma PàL. Mais voilà que l'envie subite me prend de le lire... Une envie spontanée de replonger dans un Percival Everett...

+++ La quatrième de couverture +++

Thelonious Monk Ellison, romancier noir américain que la réussite n'a cessé de fuir, se voit un jour reprocher de ne pas écrire dans un style "assez black". Révolté par l'audience phénoménale d'un roman médiocre consacré à la réalité des ghettos, il en rédige, sous pseudonyme, une parodie incisive et vengeresse qu'il soumet par défi à un éditeur. Le succès est aussi fracassant qu'immédiat. Mais ce jeu schizophrène reste sans effet sur la vie du "vrai" Monk au moment d'affronter les tragédies personnelles et les crises familiales qui bouleversent son improbable existence d'artiste... Très politiquement incorrect dans son approche de la question raciale, ce roman, où l'autodérision et l'ironie côtoient le lyrisme, est pétri d'une érudition jubilatoire, d'une redoutable connaissance du milieu littéraire, et, plus que tout, d'une intime fréquentation des passions de l'âme...

+++ Mon avis +++

"Effacement" semble être le premier roman de Percival Everett traduit et publié en français. Ce n'est peut-être pas, à mon avis, la meilleure porte d'entrée dans son oeuvre. Bon, cela dit, je ne connais qu'un autre livre du bonhomme. Cependant "Effacement" est une oeuvre particulière. Tout en étant un roman, il reste qu'il est également un jeux de style parfois particulier, voir déroutant si on est pas un bon lecteur.

Les paragraphes sont courts mais la verve d'Everett est prenante et donc on reste néanmoins bien ancré dans le bouquin. Les mésaventures de notre Thelonious Monk, qui pour l'occasion n'est pas un musicien de jazz mais bien un romancier, sont finalement captivante. Il reste que les digressions littéraires mettant en scène des idées de romans de monsieur Ellison sont parfois difficiles à comprendre si l'on a pas toute la culture littéraire et historique requise. Il reste que lorsque l'on comprend l'absurdité des dialogues mis en scène, on se retrouve vite avec un sourire au coin de la bouche.

Mis à part cela, on retrouve au milieu de notre roman un autre roman. Le fameux "Putain" que monsieur Thelonious Monk Ellison a écrit et qui va le propulser bien malgré lui à l'avant de la scène littéraire américaine. Pourquoi donc : bien malgré lui? Parce que ce livre fut écrit par dépit et par rage envers un roman à succès écrit en "argot" des rues plutôt qu'en vrais littérature riche et dramatique comme Monk semble l'aimée. Alors sous un pseudonyme il écrit ce "Putain"... et réussit là où il ne voulait pas!

En parallèle, on retrouve Thelonious au sein de sa famille. Retrouvant ceux-ci après un congrès littéraire, il se retrouve au milieu des histoires familiales qui voit d'un coté la mère sombrer dans Alzheimer, le frère assumer son homosexualité et perdant par la même la garde de ses enfants et la soeur médecin militante pro-avortement... qui finira tuée par un fanatique pro-life. Monk se retrouve donc à prendre la vie de sa mère en main... en plus de son livre qui lui échappe pour atteindre la liste des best-sellers.

Il reste que si le livre peut par instant être déroutant, il est néanmoins chargé d'une bonne dose d'ironie laissant à l'occasion un sombre sourire vous emplir le visage. On retrouve également au sein du livre des thématiques que j'avais déjà retrouvées à la lecture de "Blessés" et qui sont : l'identité raciale et la vision de l'homosexualité.

Je conclurais en disant que le livre fut une bonne lecture, certes par instants déroutante, mais qui ne m'a néanmoins jamais donné à un seul instant l'envie de l'abandonner. Il reste que pour moi, ce n'est pas la meilleure oeuvre pour découvrir Percival Everett. Je conseillerais d'abord "Blessés" car "Effacement" a tout de même quelque chose d'un peu trop intellectualiste...

Au passage j'applaudis Actes Sud / Babel qui publie certains de ces livres comme celui-ci sur du papier FSC.

+++ Sur le Web +++

Percival Everett chez Actes Sud Editions
Percival Everett sur Fluctuat
Un extrait à lire sur Rue Des Livres

+++ Le livre +++
  • Poche: 364 pages
  • Editeur : Actes Sud (30 décembre 2005)
  • Collection : Babel
"Effacement" de Percival Everett "Effacement" de Percival Everett Reviewed by Julien le Naufragé on samedi, mars 06, 2010 Rating: 5

5 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Je viens de lire "Le Supplice de l'Eau" de P. Everett. Son dernier apparemment. J'en suis totalement bouleversé. Un des livres les plus agressifs que j'ai jamais lus. Et pourtant...

    la chronique suivra sur nkotb

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  3. "Le supplice de l'eau" me tente bien. J'attends ta chro pour me persuader de dépenser encore un peu plus ma tunne dans des bons livres!

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  4. Percival EVERETT est une de mes plus belles découvertes littéraires. Hormis "Blessé", aucun de ses livres ne peuvent se lire du coin de l’œil entre deux trames de métros ! Il faut être concentré, déterminé et, bon sang, on en prend plein le cerveau!

    "Blessé" est effectivement la plus facile porte d'accès à l’œuvre d'Everett, mais, à mon goût, ce n'est pas la meilleure.

    "Effacement" est du pure ahut niveau. Très très fort. Une puissantes réflexion sur ce qu'est la littérature, sur les clichés, les compromissions et la double personnalité d'un auteur qui est tombé dans le système. Purement génial.

    "Le supplice de l'eau"... âme sensible, cerveau sensibles, s'abstenir. Dure, violent, difficile à pénétrer, rester dedans est une gageure... mais punaise, c'est un haut niveau d'exigence littéraire.

    Et je me retiens de parler de "Désert américain" ou "Pas Sydney Poitier", je risquerais de devenir par trop dithyrambique :-D

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  5. Bonjour Joss, merci pour ton passage et ton commentaire. Ma prochaine lecture de l'auteur devrait être "Désert américain". Je l'ai ici, mais je ne l'ai pas encore ouvert. C'est pas l'envie qui manque. Mais après l'avis enthousiaste d'un copain blogueur et ton avis tout en retenue, je me dois de lire cela prochainement! ;-)

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