Livre reçu dans le cadre de la Masse Critique Littéraire organisée par Babelio, il n'en reste pas moins qu'il est ma porte d'entrée de l'œuvre de Tolstoï que je n'avais encore jamais lu. Cela dit, ce livre tiens plus de l'essais que de l'oeuvre littéraire, ce que le titre laisse d'ailleurs penser...+++ La quatrième de couverture +++
L’Argent et le Travail est une réflexion, d’une étonnante actualité, sur l’argent comme fait de société, où assurément celui-ci est désigné comme symptôme et moyen d’asservissement, mais qu’il convient de replacer dans un mécanisme plus général de violence exercé par les uns contre les autres : la ville et ses accumulations parasitaires n’en sont que l’ultime manifestation, la plus perverse, la plus criante, la plus injuste. Le travail manuel devient alors une nécessité vitale et la seule vraie valeur traditionnelle. Le problème central, selon Tolstoï, est donc l’argent : en théorie, il devrait représenter le travail, dans la réalité il n’est que le signe conventionnel qui donne le droit ou le moyen de profiter du travail d’autrui. Tolstoï distingue dans l’histoire de l’humanité trois formes de servitude : l’esclavage personnel imposé par la violence ; l’esclavage imposé par la faim et, enfin, l’asservissement par l’impôt, caractéristique des systèmes monétaires et du despotisme centralisé. Dans ces conditions, que faire ? Retourner à la campagne, donner son argent et se débarrasser ainsi de la source du mal ? Supprimer les villes, foyers de parasites où le plus riche appauvrit le plus démuni ? Se mettre au travail, en supprimant tous les facteurs d’inégalité, en se rapprochant de la production réelle en vue d’une société fraternelle ? Les deux textes rassemblés ici sous le titre L’Argent et le Travail ont été publiés pour la première fois en 1892. On y découvre l’homme et l’écrivain contestataire, engagé, conscient des contradictions dues à sa propre condition. Ses réflexions trouvent un écho prophétique et visionnaire dans les grands bouleversements politiques du XXe siècle et dans les secousses économiques du XXIe siècle.
+++ Mon avis +++
Pour ma première masse critique, je reçois un livre bien sérieux! Mais cela n'est pas pour me déplaire, j'aime bien lire un essais de temps à autre. Cela m'a permis également de découvrir et de lire Léon Tolstoï.
Comte russe de son état, il est un homme du 19ème siècle, même s'il est mort en 1910. Sa figure charismatique m'intriguait car il est souvent catalogué comme anarchiste chrétien. Deux termes plutôt antagonistes pour moi, et que certains résument en "anarchiste mystique".
Difficile donc de résumé un livre qui n'est pas un roman, exercice que je n'ai encore jamais réalisé je pense. Le livre est d'ailleurs découpé en plusieurs parties. Un avant-propos signé de son traducteur qui n'est rien de moins qu'Emile Zola. Il y relate son idéal socialiste partagé avec Tolstoï, mais y semble moins prompt à croire en la réalisation de l'analyse de Tolstoï.
De Léon Tolstoï, on retrouve deux textes : "A propos du recensement de Moscou" et "L'argent et le travail". Le premier est bien plus court que le second, et précède le travail réalisé dans ce deuxième texte.
Dans "A propos du recensement de Moscou" on y voit sa vindicte et son espoir à voir les riches s'investir pour sa cause d'aider les plus démunis, le bas peuple des rues de Moscou. Pour lui, les riches donnent de l'argent aux pauvres afin de se donner un sentiment de bonne conscience. Mais finalement rien ne change dans le partage réel de base. Afin que les choses changent, selon lui, il faudrait que les hommes donnent leur travail ou leur vie pour aider les autres. Leur donner la possibilité de pouvoir s'émanciper. Mais à mon avis, on retrouve aussi dans son propos un bon sentiment d'abnégation catholique. Un vœu pieu, une espérance que tout ira mieux avec le plein emploi pour tous.
Extraits :
"Pourquoi ne pas espérer comprendre enfin qu'il n'y a pas de devoir plus impérieux que celui de supprimer les inégalités sociales" (p27)
"Mais si, au lieu d'un seul homme de bonne volonté, il s'en trouve mille pour secourir les mille malheureux, la tâche, alors, paraîtra aisée et agréable.
Que les "mécaniciens" inventent une machine pour soulever ce poids d'iniquité qui nous oppresse, ils feront bien; mais en attendant, essayons donc, nous autres, de le soulever, tout bêtement, en moujiks, en chrétiens, tous ensemble, peut-être y arriverons-nous tout aussi bien. Allons, frères, un bon mouvement!" (p28)
De cette critique de la charité, on passe ensuite au deuxième texte intitulé "L'argent et le travail", et dans ce dernier Tolstoï s'attaque à démontrer que l'argent n'est qu'un outil d'asservissement, voir le plus aboutis de tous. Plutôt que d'exploiter la terre par le travail de ses mains, on travail à gagner de l'argent afin de payer ses propriétaires et usuriers. Il démontre que l'argent au final n'est pas l'équivalent exact du travail réalisé, mais qu'il devient in fine une manière d'asservir les gens et de profiter du travail d'autrui. Il démontre également l'existence de trois formes historiques de servitude : la première estl'esclavage par la force où la violence l'emporte sur l'homme le plus faible, le deuxième est l'esclavage par la faim car qui possède la nourriture ou ses stocks obtiendra la servitude de qui a faim, la troisième est la servitude par l'impôt, état maximal de la servitude représentée par l'état centralisé qu'il faut entretenir, soutenir, subvenir avant de pouvoir profiter du fruit de son travail.
La solution pour lui est de fuir la ville et de retourner à la campagne. De reprendre contact avec la terre car c'est là que la richesse se trouve, là où la nourriture se crée, là où l'homme peut se subvenir à lui-même. C'est en vivant du fruit de son travail que l'on peut retrouver la liberté, vision idéaliste du travail de la terre que je partage assez bien d'ailleurs. En parallèle, il suggère le démantèlement des villes et que chacun retourne travailler la terre, et ceci dans le but de se débarrasser des parasites qui vivent du travail des autres : les riches des grandes villes, les propriétaires, etc.
Une bien bien belle vision, idéaliste certes, mais comme souvent dans l'histoire, ce sont les idéalistes qui la font avancer de l'avant. Une éthique très fortement imprégnée de catholicisme mais néanmoins intéressante à lire, même si son analyse est bien sur basée sur son époque : le tsarisme russe. Époque certes révolue, mais les oppressions de toutes sortes existent encore bien malheureusement...
Extraits :
"Comment peut-on abandonner les villages où se trouvent les champs, les forêts, le blé, le bétail, c'est-à-dire toute la richesse de la terre, et venir chercher la nourriture dans un endroit où l'on ne voit que des pierres et de la poussière?" (p52)
"Or, depuis que la monnaie existe dans le monde et depuis que le crédit, comme sa conséquence, s'est établi, il est devenu possible d'aliéner son travail futur.
Ainsi, grâce à la violence qui règne dans notre société actuelle, l'argent ne représente plus qu'un nouvelle forme d'esclavage impersonnel à la place de l'ancien esclavage personnel." (p72)
"Il y'a des hommes qui vivent dans nos sociétés européennes aux dépens de milliers d'ouvriers, et qui trouvent cette manière de vivre tout à fait légale. N'est-ce pas là l'esclavage, et le plus terrible?" (p75)
"Les résultats sont les mêmes pour l'esclavage et pour l'argent. D'un côté, le capitalisme invente toujours de nouveaux besoins, toujours inassouvis, ce qui produit la mollesse et la débauche. D'un autre côté, l'esclave s'abaisse et devient une bête de somme". (p75)
"Les paysans savent depuis longtemps à quoi s'en tenir et ils ont trouvé ce dicton pour exprimer la chose : "le rouble frappe plus douloureusement que le knout". Seuls les économistes ne veulent rien voir. L'affirmation que l'argent ne crée pas des rapports de sujétion a la prétention d'être aussi exacte que l'était, il y'a un demi-siècle, celle que le servage n'asservit pas les hommes." (p107)
Le livre se termine ensuite sur deux textes. Le premier, signé de E. Halpérine-Kaminski, est "La loi du travail selon Tolstoï". Et une post-face de Georges Nivat intitulée "Tolstoï gauchiste".
Au final un bon livre, une bonne réflexion qui croise assez bien un livre de Pierre Rabhi que je lis en parallèle.
+++ Et Cetera +++
Ce livre a été reçu en partenariat avec les éditions des Syrtes dans le cadre de la Masse Critique Littéraire n°9 organisée par Babelio :
Je tiens donc à remercier les éditions des Syrtes et vous invites à visiter leur site web.
Et je remercie bien évidement Babelio, mais visiter plutôt le site en suivant le lien ci-dessus!
+++ Le livre +++
- Broché: 192 pages
- Editeur : Editions des Syrtes (8 juin 2003)
- Collection : Littérature étrangère






















