Le coeur au bord entre les mains, le livre entre les doigts, on lit ce livre de bout en bout. Scotché, voir tétanisé. Parfois dégoûté, mais effrayé de voir comment l'Homme peut se comporter... Tout en comprenant pourquoi il en arrive à ces extrèmes, on se demande pourquoi il fait réellement le pas vers le terrorisme.
+++ La quatrième de couverture +++
Kafr Karam. Un petit village aux confins du désert irakien. On y débat devant la télévision, et surtout on s'y ennuie, on attend, loin de la guerre que viennent de déclencher les Occidentaux et qui embrase le reste du pays. Mais le conflit, avec son lot de brutalités, d'incompréhensions et de bavures tragiques va finir par rattraper cette région où la foi, la tradition et l'honneur ne sont pas des mots vides de sens. Et quand une nouvelle humiliation vient profaner ce qu'un Bédouin a de plus sacré, alors s'ouvre le temps de la colère et de la riposte. Une vengeance terrible, sans merci, car désormais seul le sang pourra laver ce qui a été souillé...
+++ Mon avis +++
Le style est fluide et jamais surchargé, ce qui fait de Yasmina Khadra un auteur "facile" à lire. Attention, je ne dis pas qu'il fait dans le roman de gare, car le propos est sérieux , réfléchi et dur. Durant la lecture, on passe à travers les vents sableux du désert pour arriver à Bagdad et ses combats armés. Et finalement entrer dans le terrorisme de résistance. La vie sous l'occupation n'est pas chose facile, et lorsque l'on est fier comme un Bédouin cela devient même insupportable.
Mon premier roman de Yasmina Khadra était "L'attentat". Un roman dur également. Sur fond de terrorisme et d'incompréhension une fois de plus, mais cette fois sur fond israélien. D'ailleurs "Les Sirènes de Bagdad", comme "L'attentat", s'inscrit avec "Les Hirondelles de Kaboul" (que je lirai prochainement) dans "une trilogie consacrée au dialogue de sourds qui oppose l'Orient et l'Occident" (dixit le livre). Sur ce même sujet, je conseillerais la lecture du "Dérèglement du monde" d'Amin Maalouf.
Un livre dur donc sur un sujet pouvant être épineux. Un bouquin qui se lit comme un polar noir. Un roman qui fait réfléchir, et permet de voir par les yeux d'un Arabe subissant le joug occidental! Une critique acerbe et bien vue des deux camps! Un livre dont j'encourage fortement la lecture.
En plus pour info :
Yasmina Khadra est le pseudonyme sous lequel écrit l'ancien militaire algérien Mohammed Moulessehoul. Écrivain prolifique de qualité reconnu d'un coté par ses romans noirs dont Morituri et remarqué semble-t-il par le prix Nobel de l'écriture J.M. Coetzee. Il écrit sous un pseudonyme féminin pour rendre hommage aux femmes, mais également et avant tout par soucis de clandestinité au départ afin de dénoncer l'intolérance.
Attaquons-nous aujourd'hui à une oeuvre, sans doute majeure, de la SFF française actuelle. Une oeuvre qui a fait couler de l'encre ou plutôt, ou soyons contemporain et moderne, quantité de caratères non-imprimés car présents sur le Web 2.0. Difficile donc de dire autre chose que du bien de ce "Déchronologue". Tout a déjà été dit... et quasi qu'en bien! Car nous tenons ici une oeuvre exceptionnelle et il faut avouer que tous les prix reçus pour ce livre sont plus que mérités : Grand Prix de l'Imaginaire 2010 et Prix Européen Utopiales 2010.
+++ La quatrième de couverture +++
Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un gallion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable : un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort !
Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu'importe de vaincre ou de sombrer, puisque l'important est de se battre !
(Quatrième de couverture - tirée du site web de l'éditeur : La Volte )
+++ Mon avis +++
Stéphane Beauverger est douée d'une plume de conteur vraiment remarquable. Il suffit de lire le premier paragraphe de ce roman pour être directement happé dans un autre temps, un autre lieux où la raison perd son droit chemin, où le temps se déroute de sa ligne droite et l'on a qu'une seule envie : suivre le Capitaine Henri Villon contre vents et marées, contre temps et linéarité.
Lisez ce premier paragraphe, comprenez mon engouement :
Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt. Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces chroniques, m’accorder leur indulgence. D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte, mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt, pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que les pages de ce journal. Permettez donc que je prenne un peu du temps qu’il me reste pour les présenter comme je l’entends.
"Le déchronologue" n'est pas de la fantasy. "Le Déchronologue" n'est pas un roman historique, ni purement un roman d'aventure aux confins des Caraïbes. "Le Déchronologue" n'est pas non plus un roman de Science-Fiction parlant de paradoxes temporels. "Le Déchronologue", ce n'est pas cela, mais c'est tout cela à la fois. Un pure roman de piraterie, d'aventures fantastiques et fantasmagoriques. De la science-fiction magnifique où le paradoxe temporel est magnifié pour atteindre le constat d'art littéraire. Stéphane Beauverger sait écrire avec un "verbe fleuri" comme le signal la quatrième de couverture. Entre belles phrases et un parlé grossier de marins, on est pris par le temps et les voiles. Mais on est très vité dévoyé de la linéarité du temps... et d'ailleurs le livre n'est pas construit selon un schéma linéaire. On passe d'un chapitre à l'autre en sautant d'une période à l'autre. Remontant ou avançant dans le temps... pour finalement comprendre ce qu'il est écrit dans le premier chapitre, introduction de l'ouvrage.
"Le déchronologue" est un exercice de style qui tient la route narrativement même s'il s'écarte de la ligne du temps. Un roman ambitieux, foutrement bien écrit et merveilleusement divertissant. Un phrasé travaillé mais fluide et d'une lecture agréable. Bref un récit d'imaginaire qui à mon avis marquera la SFF française, si ce n'est déjà fait. Une plume magnifique que je m'empresserai de (re)découvrir au travers de ces trois premiers romans qui composent la Trilogie du Virus.
Un petit bémol? Quand même... mais qui vient de l'éditeur. Un papier gondollant ou une reliure mal faites? Donnant la sensation d'avoir un livre mal réalisé et pas forcément agréable en mains. Doué pourtant d'une superbe couverture signée Corinne Billon, le livre gagnerait à avoir une bonne reliure. Et donc, même si La Volte nous fournit des livres superbes, il reste à travailler sur la qualité papettière de celui-ci... Mais le prix du livre, lui, reste attrayant ce qui n'est pas sans faire plaisir... mais un prix qui indique peut-être la moindre qualité au final?
Cela dit, plongez sur ce livre... et sombrez de le temps, les vagues, l'aventure, et l'imaginaire. "Le Déchronologue" est un livre certes ambitieux, mais maîtrisé. Une oeuvre impressionante qu'il ne faudrait pas râter! Qu'on se le dise...
"Naufragés Volontaires" est actuellement une fenêtre ouverte sur la littératures d'aujourd'hui ou d'hier. Qu'elle soit imaginaire ou non. Même si autrefois le blog fut musical et littéraire.
Lecteur compulsif je suis, mais critique littéraire je ne le pense pas. J'aime juste partager mes plaisirs d'évasion. En espérant que ceux-ci vous plairont également.
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